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L'Aérostation militaire française
pendant la Grande Guerre
par le lieutenant-colonel Patard.

L’aérostation française en Italie
de novembre 1917 à mars 1919 :

En octobre 1917, les troupes italiennes du Cadore et de l’Isonzo, sous la poussée des armées autrichiennes renforcées de divisions allemandes, se replient sur le Tagliamento d’abord, puis, pendant la première décade de novembre, sur le Piave. Devant l’importance du repli, l’envoi immédiat de troupes françaises et anglaises est décidé, et le 31ème Corps français (Cmdt de l’aérostation Cne Simon), les 46ème et 47ème divisions indépendantes de chasseurs alpins débarquent dans la région de Vérone, Peschiera, Brescia, pendant les premiers jours de novembre.

Les compagnies d'aérostiers déployées en Italie :

En même temps, les compagnies d’aérostiers suivantes arrivent dans la région du lac de Garde.

  • La 38ème compagnie, compagnie organique du 31ème CA, débarque le 4 novembre à Vérone, et va cantonner peu après à Ponte-San-Marco.
  • La 25ème compagnie, compagnie de renforcement, venant de Lorraine, débarque le 4 novembre à Desenzano. Elle est mise à la disposition de la 47ème DI.
  • La 19ème compagnie, compagnie de renforcement, venant de Champagne, débarque le 4 novembre à Desenzano, et est mise à la disposition de la 46ème DI.

L’ensemble de ces troupes est sous les ordres de l’armée française (Cmdt de l'aéronautique Cdt Houdemon), dont le GQG. s’installe à Vérone et dont l’Aérostation est commandée par le chef de bataillon Palart. Le front se stabilise sur le Piave et se raccorde aux Alpes, en passant par le Monte-Tomba, Grappa, Cima Echar, Kaberlaba, etc... Asiago est occupé par l'ennemi. Mais le «Comando Supremo » (GQG italien) redoute une attaque autrichienne sur le Haut-Trentin, et la 47ème DI se porte en réserve dans la région du massif de l’Adamello- Edolo-Breno. Les compagnies d’aérostiers restent sur place, mais opèrent des reconnaissances dans la région où elles seraient appelées éventuellement à opérer.
Le 12ème CA français débarquant alors dans la région du lac de Garde et de Vérone, la 47ème DI est rappelée, et le 31ème CA ainsi que les divisions indépendantes de chasseurs se portent dans la région des Monts Berici (Valdagno-Cornedo-Castelgomberto-Vicence, etc...), considérés comme ligne de résistance au cas où les attaques sur la charnière Valsugana-Tomba-Piave entraîneraient un nouveau recul des troupes italiennes. La 38ème compagnie s’installe à Sovizzo. La 25ème compagnie à Castelgomberto. La 19ème compagnie à Sarcedo. Le mouvement est achevé le 17 novembre 1917 et, les reconnaissances de secteur sont activement poussées. Entre temps débarque et s’installe à Milan la 1ère réserve de matériel aéronautique. Le Parc aéronautique est à Brescia et un dépôt de tubes est constitué à Montebello. Disons de suite que le Parc s’installera peu après à Vérone, laissant la place à Brescia à un échelon avancé de la lre réserve. La marche on avant est reprise le 24 novembre, et les troupes s’arrêtent sur la Brenta.

Le 1er décembre 1917, les troupes françaises entrent en ligne au saillant Tomba-Piave, et les compagnies d’aérostiers relèvent le 4 décembre les sections d’aérostiers italiennes: la 25ème compagnie au Moulin de Casonetto près-Asolo.(47ème DI) et la 38ème compagnie à Casa Barco, 2 kilomètres au nord d’Altivole. Le 7 décembre ascensionne le 1er ballon français, celui-de la 25ème compagnie. (Cmdt de compagnie Cne Verneuil - officier de manoeuvre Ltt Jourdan - observateurs : Ltt Billardon Robert, Slt Forest et Adj André)
La 46ème DI, mise en réserve, conserve avec elle la 19ème compagnie qui s’installe le 27 novembre à Poianella. Rien de particulier pendant celte période, sinon quelques attaques par fusants et par avions. Le ballon de la 38ème compagnie est incendié à deux reprises. Le 30 décembre 1917, une rectification de nos lignes ayant pour but de nous rendre maîtres de la crête du Monte Tomba est entreprise par la 47ème DI, et les ballons, surtout le ballon 25, prennent une part active à la préparation, malgré les zones défilées de ce secteur. Le 12ème CA avait amené avec lui sa compagnie organique d’aérostiers, la 40ème compagnie, qui débarque à Vérone le 3 décembre, et s’installe le 10 décembre à Sovizzo. Le 10 décembre 1917, débarque à Carmignano di Brenta la 60ème compagnie, compagnie de renforcement, qui va cantonner à Castrone et s’installe le 28 décembre à Fontanelle (au nord de Marostica), à une altitude de 800 mètres. Le 30 décembre, elle commence ses ascensions et travaille pour un groupement d’artillerie alliée dans le secteur du Val-Brenta. Dès le début, celte unité obtient des résultats très intéressants et dépassant même ce qu’on pouvait attendre de l’observation en ballon dans une zone montagneuse très accidentée et pourvue, d’ailleurs, de bons observatoires naturels. Malgré ces conditions, en apparence défavorables, la 60ème compagnie (Cmdt de compagnie Ltt Dorange - officier de manoeuvre Ltt Vedel - observateurs Ltt Lefèvre, Pommier, Adj Plumejeaud) fit de nombreuses observations d’artillerie pour le compte de batteries françaises, italiennes et anglaises.
Pendant cette période, cinq compagnies étaient sous les ordres du commandant de l’aérostation de la Xème armée, qui était installé à Çastelfranco-Veneto, avec l’Aéronautique et tout l’Etat-major de la Xème armée. Le dépôt de tubes de Montebello avait été transporté à Vicence, à Castello di Godego (près Castelfranco), puis à Nove. L’hydrogène était fourni par les usines italiennes de Brescia, puis de Vogogna (près de Domodossola, sur la ligne du Simplon).
Dans la première décade de mars 1918, il est décidé que les Corps français abandonneront les secteurs du Piave et du Monte-Tomba pour occuper ceux de l’Altipiano d’Asiago, en liaison à gauche avec l’armée anglaise. Des reconnaissances, en vue de l’installation des ballons, sont effectués dans la région Conco di Sopra Lusiana, Monte- Cavaletto. Les 23 et 24 mars 1918, les 25ème et 40ème compagnies s’installent, la première, à Casa-Fratte (Conco-di-Sopra), la seconde à Cavassi (Nord Santa-Catarina di Lusiana). Le 27 mars, la 19ème compagnie, relevée par une Section italienne, va cantonner à Corté, région de Galliera. Mais, alors que le front italien était entièrement consolidé et que le "Comando Supremo" et les Alliés préparaient une offensive en direction d’Asiago, les Allemands venaient de déclencher leur offensive du 21 mars 1918, sur la partie du front français tenu par la IVème armée anglaise, à sa jonction avec l’armée française. L’Etat-Major et une partie des forces de la Xème armée sont rappelées en France.

Retour en France :

Tout d’abord, l’ordre est donné au 31ème CA et aux 46ème et 47ème divisions de chasseurs alpins de rentrer en France; puis, la Direction de l’Aéronautique de la Xème armée s’embarque à Vicence, le 1er avril 1918.

  • La 38ème compagnie embarque le 31 mars à Vérone, à destination de Gisors.
  • La 19ème compagnie embarque le 6 avril à Vicence et débarque le 9 à Saint-Cyr.
  • Le 7 avril, la 25ème compagnie embarque à Padoue et débarque le 10 à Saint-Cyr également.

Le 12ème Corps français et les éléments de la Xème armée restant en Italie constituent alors les "forces françaises en Italie" (F. F. I.). L’Aéronautique de la Xème armée a laissé sur place la 40ème compagnie (compagnie organique du 12ème CA), stationnée à Cavassi; la 60ème compagnie, ascensionnant à Fontanelle; la première réserve de ravitaillement d’aéronautique à Milan; le Parc aéronautique n° 3 à Vérone, et un poste de sondages installé au Monte-Bertiago. Le Parc aéronautique rentre bientôt en France. La première réserve quitte Milan et va s’installer à Vérone, où elle fonctionne comme Parc. Le commandement de l’Aéronautique (Cmdt Massol) s’installe au champ d’aviation de Nove di Bassano; cmdt de l’aérostation : Cne Verneuil.
Pendant le printemps et l’été 1918, c’est le travail ordinaire des secteurs calmes. Plusieurs attaques préparées en vue de s’emparer d’Asiago, sont abandonnées sur l’ordre du "Comando Supremo". Les ballons, campés à 800 mètres environ d’altitude peuvent ascensionner facilement avec le câble léger de 2.000 m., grâce à l’activité et à la protection très efficace de l’aviation de chasse anglaise. (II n’y a plus d’aviation de chasse française en secteur).
Au cours de cette période (avril-juin 1918), les aérostiers français firent connaître leurs méthodes d’observation, d’organisation aux aérostiers italiens et anglais. Des relations très suivies et très amicales s’établirent, et un grand effort fut fait pour le travail en pleine communauté d’idées et de sentiments. De nombreuses batteries d’artillerie italienne ou anglaise, n’ayant jamais réglé avec ballon furent entraînées à utiliser ce procédé, et le travail d’artillerie devint, à partir de juin, de plus en plus important malgré le climat défavorable (orages fréquents, brume persistante), et malgré les zones défilées dans ce secteur de hautes montagnes. En liaison constante avec la contre-batterie française, anglaise et italienne, nos ballons exécutent sans arrêt leurs missions d’artillerie. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, que la conque d’Asiago, le val Frenzela, le mont Langara, nids de batteries ennemies, sont battus constamment par des tirs réglés de la nacelle de la 40è compagnie. Aussi, lorsque le 25 juin les Autrichiens se ruent à l’assaut du front : Astico-Tomba-Piave..., ils sont écrasés par les tirs de concentration des batteries alliées et réussissent à peine à aborder nos positions. Fin octobre 1918, un secteur est équipé pour l’attaque et le forcement du passage du Piave. Le 12ème CA participe à l’opération, la 24ème DI restant dans le secteur de l’Altipiano d’Asiago, la 23ème DI attaquant au pied du Tomba, face au Piave. La XIIème armée, constituée avec les divisions françaises et des éléments italiens, est placée sous le commandement de l'état-major français. Elle comprend deux compagnies d’aérostiers françaises (40ème et 60ème) et les 14ème et 33ème sections d’aérostiers italiennes. Le capitaine di Gallèse est adjoint au commandant de l’aérostation. Les compagnies sont en place : la 40ème compagnie à Monfumo, la 60ème au Moulin de Casonetto et Casa dal Zotto, la 14ème section italienne à Castelcies, la 33ème section à Coste. L’attaque est déclenchée le 24 octobre 1918.

Le fleuve ayant été passé pendant la nuit par des éléments avancés d’infanterie, les compagnies sont portées en avant et ascensionnent successivement, la 40ème compagnie à Palazzo Noville (S-E. de Castelli), la 60ème compagnie à Casetta delle Guardie. Du 24 au 30 octobre, les observateurs, malgré un temps peu favorable, effectuent de nombreux réglages, signalent de nombreuses batteries en action, situent exactement les emplacements des panneaux d’infanterie et des pots Rugieri, suivent les mouvements des fantassins, observent les combats à la grenade.

Citation à l'ordre de la 23ème division :

En récompense de tels services, le général Bonfait cite à l’ordre de la 23ème division chacune des 40ème et 60ème compagnies d’aérostiers, avec le motif suivant : "A fourni au commandement des renseignements précieux et nombreux, ne craignant pas de s’élever malgré le plus mauvais temps. A ainsi coopéré à la réussite des opérations pour le forcement du passage du Piave."
La retraite de l’armée autrichienne s’accentue à partir du 30 octobre. Aucun pont lourd ne permettant la traversée du Piave dans le secteur, les ballons ascensionnent sur la seule route longeant la rive droite du fleuve : route Cornuda- Onigo-Pederobba-Fener, laquelle suit l’axe de marche de la XIIème armée. Le 31 octobre, ils arrivent à Fener, et l’absence de ponts lourds sur le Torrente Tegorzo et le Piave arrête encore la marche en avant. D’ailleurs, les Autrichiens, en déroute dans les montagnes, demandent un armistice, qui est signé le 3 novembre 1918, et prend effet le 4 novembre, à 15 heures. Le rôle des troupes françaises en Italie est terminé. La XIIème armée est dissoute. Les éléments d’aérostation français sont repliés sur Nove di Bassano, près du commandement de l’aéronautique. La 60ème compagnie d’aérostiers est dissoute par note du GQG n° 1886, du 31 janvier 1919. Son personnel et son matériel sont affectés à la 40ème compagnie, qui s’embarque pour la France, à Vicence, dans les premiers jours de mars 1919.

Le bilan de la campagne d'Italie :

Le séjour des compagnies françaises d’aérostiers sur le front italien a prouvé qu’en pays de hautes montagnes, le ballon type R et le matériel roulant de ces compagnies pouvaient parfaitement être utilisés et que, bien qu’il fût gêné par les zones défilées, le travail d’observation en ballon pouvait néanmoins être très fructueux. Du 2 février au 3 novembre 1918, la 40ème compagnie ascensionna 558 heures, effectua 298 observations de tirs et repéra 180 batteries ennemies. Par leur activité et par leur exemple, les aérostiers français exercèrent une influence des plus heureuses sur les artilleries italienne et anglaise et sur les aérostations alliées. Grâce à cette étroite collaboration et à ces efforts communs, les aérostiers d’Italie effectuèrent un travail important, fournirent des renseignements de première valeur, et contribuèrent ainsi largement au succès de la victoire finale du Piave.

 

 

Les ballons à l'armée d'Orient
de décembre 1915 à février 1919 :

Vers la fin de l’année 1915, deux compagnies d’aérostiers du front français : la 32ème (EV Regnard) et la 35ème (Cne Nivet), munies du treuil à vapeur, sont envoyées en Orient. Elles débarquent à Salonique, entre le 2 et le 5 janvier 1916. Vers le 20 janvier 1916, la 35ème compagnie prend position dans le camp retranché de Salonique, près du village de Bunardza, à quelques kilomètres au Nord de l’embouchure du Vardar. L’organisation du camp retranché se poursuit fébrilement, et la compagnie est employée pendant plusieurs mois à divers travaux d’organisation (campements de ballon, dérivation d’une rivière, construction d’abreuvoirs, de chemins, de passerelles, assèchement de marécages...)

La 35ème compagnie :

Vers le 15 juillet 1916, là 35ème compagnie va s’établir près du village en ruines de Vergetor, véritable oasis, où elle ne reste d’ailleurs que quelques jours. Fin juillet, un nouveau déplacement est effectué, et la compagnie campe dans le grand ravin de Gjol-Ajak (déversoir des lacs Doiran et d’Ardzan), au nord de Mihalova. Le ballon 35 est gonflé le 18 août 1916. Dans la soirée du 20 août, alors que le ballon en ascension observe les lignes ennemies, un vent violent (le vent du Vardar) souffle soudainement vers 400 mètres. Le treuil, impuissant, ne peut ramener à terre l’aérostat et l’observateur. Plusieurs tentatives pour manoeuvrer aux tiraudes demeurent vaines. Le vent redouble de violence. Successivement, les godets orienteurs, puis le gouvernail sont arrachés. Complètement désemparé, tournoyant en tous sens, rabattu plusieurs fois vers le sol, le ballon heurte violemment le haut de la montagne. Projetée sur la partie supérieure du ballon, la nacelle déchire l’enveloppe. Partiellement dégonflé et rebondissant une dernière fois, le ballon s’abat sur le sol, où les soldats anglais d’un campement voisin l’immobilisent. L’observateur, MdL Duchesne, doit à son sang-froid et à un heureux hasard d’en être quitte avec une légère égratignure... et une forte émotion.
La nuit suivante (nuit du 20 au 21 août 1916), la 35ème compagnie se porte près du village d’Hirsova, à 7 kilomètres au sud du lac Doiran. Quelques jours plus tard, elle gonfle un nouveau ballon qui ascensionne au nord-est du village de Kilindir et est souvent, pris à partie par l’artillerie ennemie. Le 12 septembre 1916, le ballon 35 reçoit l’ordre de se rendre dans le secteur d’attaque anglais pour participer aux opérations prévues pour les 13 et 14 septembre. Dans la nuit du 12 au 13, malgré un vent violent obligeant à un transport à bras, le ballon gonflé se rend d’Hirsova au Mort-Homme, parcourant ainsi 12 kilomètres environ. Le 13 au matin,, il ascensionne sur les pentes sud du Mort-Homme, près du village de Caussica. Malheureusement, les conditions atmosphériques empêchent toute observation aérienne, et le ballon ne peut aider efficacement le commandement anglais qu’à partir du 14 septembre. Dans la soirée du 14, l’artillerie ennemie bombarde violemment le ballon et le point d’ascension par obus de gros calibre. Le 15 septembre dans l’après-midi, l’intensité du vent augmente brusquement, Le MdL Duchesne, croyant sa vie en danger, se jette en parachute, tombe dans les marais avoisinant le lac Ardzan et se tue en arrivant au sol. La violence du vent ne permit d’ailleurs pas de ramener le ballon à terre, et ce dernier fut laissé en l’air toute la nuit jusqu’au lendemain, où une légère accalmie permit de le camper. Le 22 septembre 1916, vers 18 heures, le ballon est enlevé de sa plateforme de campement par une violente bourrasque (20 mètres à la seconde), précédant un orage.

Réunion des deux compagnies :

Vers la fin du mois de septembre, la 35ème compagnie se rend dans la région de Florina, où la 32ème compagnie avait été, déjà envoyée après un court séjour dans la région de Karasouli. Le voyage s’effectue sans incident malgré l’état défectueux ou l’absence de routes et chemins. La 35ème compagnie transporte son campement à proximité de celui de la 32ème au village de Vakufkoj (sur la rivière Sakuleva). Ces deux compagnies sont placées sous les ordres du capitaine Nivet, adjoint au commandant de l’aéronautique de l’Armée d’Orient et commandant de l’aérostation (jusqu’en janvier 1917, date où il fut remplacé par le Cne Braconnier). En raison des difficultés du ravitaillement en hydrogène, elles utilisent le même ballon pour ascensionner. Les 32ème et 35ème compagnies d’aérostiers prennent part à l’attaque victorieuse des lignes fortifiées de Kemali qui aboutit à la prise de Monastir. Progressant malgré des difficultés de toutes sortes, elles parviennent à Monastir en même temps que les autres troupes, s’établissent sur l’un des côtés de la route, à l’entrée de la ville, et sont aussitôt l’objet d’un violent bombardement ennemi, par obus de gros calibre. Le bombardement ayant recommencé le lendemain matin avec plus de violence encore que la veille, les deux compagnies quittent précipitamment leur emplacement et se rendent près du village de Bukova (2 kilomètres sud-ouest de Monastir), plus dissimulé aux vues de la cote 1.248, que tient encore l’ennemi. Entre temps, le ballon 32 est incendié par la foudre au cours d’une ascension par temps orageux. Le commandant de compagnie observateur, EV Regnard, dont nous avons déjà relaté la mort héroïque, et dont la brillante conduite en Orient avait déjà mérité les félicitations du général commandant l’armée française et du général commandant les armées alliées, saute en parachute. Mal accroché, il descend la tête en bas, voit soudain la masse enflammée de l’aérostat tomber sur lui, et se brise la cheville au cours des violents efforts qu’il fait pour éviter le ballon incendié. Il atterrit enfin au milieu des marais, dont il se dégage en rampant sous le feu des Bulgares.

La 35ème compagnie au service des Serbes :

Fin novembre 1916, la 35ème compagnie est mise à la disposition de l’artillerie lourde de l’armée serbe et se rend, après mille difficultés, sur la rive Nord de la Cerna, dans la plaine, face à la cote 1.050. Le 15 décembre 1916, le ballon 32 est incendié. L’observateur, Sgt Gerney, atterrit en parachute sans incident. La 32ème compagnie prend position vers le 20 décembre dans la plaine de Monastir, près du village d’Opticar. Elle est séparée de la 35ème compagnie par un intervalle de 8 kilomètres, absolument impraticable (marais de la Cerna). De février à décembre 1917, les deux compagnies, ainsi établies de part et d’autre de la Cerna, sont fréquemment soumises au tir de l’artillerie ennemie.

Des pertes :

Le 9 mai 1917, le ballon 32 est encore incendié par un avion ennemi. L’observateur, Sgt Gerney, saute en parachute. En se dépliant, le parachute accroche au passage un des cabillots raccordant les uns aux autres les godets orienteurs qui, en l’absence du vent, pendent verticalement sous le ballon. Plusieurs cordes du parachute cèdent sous le choc, et le Sgt Gerney descend à une vitesse telle qu’il se fracture la base du crâne à l’atterrissage et expire quelques minutes après sa chute. Le 2 août 1918, la 32ème compagnie se transporte par voie de terre sur le front de la Strouma, dans la région de Tasli, sur les bords du golfe d’Orfano, où elle demeure jusqu’à la fin des hostilités, travaillant très activement et effectuant notamment des réglages très réussis avec les canons du bâtiment anglais "Molitor n° 5".
Vers la même époque (août 1918), la 35ème compagnie est envoyée à Gorgop. Son ballon est attaqué et incendié par un avion ennemi, et le Slt Perrody, descendant en parachute, est rattrapé et tué par le ballon en flammes. Le ballon 35 (Cmdt de compagnie Ltt Morinière) est ensuite envoyé à Livadi, puis dans la région de Yegoura (sud de Huma). Le 22 septembre 1918, à la suite des attaques victorieuses des armées alliées, les Bulgares battent en retraite vers le Nord. Mais la 35ème compagnie ne peut participer à la poursuite de l’ennemi dans ce pays de hautes montagnes, complètement dépourvu de voies de communication. Aussi, le 26 septembre reçoit-elle l’ordre de se rendre par étapes à Gradsco. Le 29, en arrivant à Yenidzi-Vardar, un échelon automobile est formé afin de rejoindre Gradsco, le plus rapidement possible. Le 30 septembre, la 35ème compagnie campe dans Monastir, où elle reste jusqu’au 2 octobre. Le soir même du 2 octobre, elle bivouaque à Prilep. Le 3 octobre au matin, elle arrive enfin à Gradsco, ayant ainsi effectué en moins de huit jours, cette magnifique randonnée. Dès le 4 octobre, la 35ème compagnie repart pour Uskub où elle arrive le 7 et se met aussitôt à la disposition de l’Armée Serbe. Malheureusement, l’hydrogène fait complètement défaut. La voie ferrée, coupée en de nombreux endroits, ne permet pas l’envoi des tubes. La neige couvre le pays et les convois de ravitaillement ne peuvent arriver à destination qu’au prix de difficultés inouïes. La 35ème compagnie ne peut songer à aller plus avant. D’ailleurs, les troupes alliées poursuivant l’ennemi en déroute, atteignent déjà le Danube. Le convoi hippomobile qui avait été laissé à Yenidze-Vardar le 29 septembre, avait rejoint la 35ème compagnie le 12 octobre après avoir perdu 9 chevaux par suite de fatigues excessives et de la pénurie de fourrages.

Epidémie de grippe :

L’épidémie de grippe fit à cette époque de terribles ravages parmi les aérostiers. Il y eut malheureusement de nombreux morts à déplorer; six aérostiers restèrent à Uskub, d’autres à Vêles, à Prilep, à Monastir, à Salonique enfin, où ils vinrent grossir le nombre de ceux qui, dans l’immense cimetière de Zeitinlick dorment leur dernier sommeil, victimes du climat et de la maladie. A la fin du mois de Novembre 1918, la 32ème compagnie rentre au Parc aéronautique de Salonique. Elle est dissoute le 1er février 1919. Le 28 novembre, la 35me compagnie embarque à Uskub à destination de Salonique où elle se trouve rassemblée le 5 décembre. Sa dissolution commence, aussitôt et se termine le 20 février 1919. Les treuils à vapeur avec lesquels les 32ème et 35ème compagnies étaient parties en Orient furent remplacés en mars 1917 par des treuils automobiles. Jusqu’en juillet 1917, l’hydrogène nécessaire aux gonflements et renflouements des ballons provint de tubes expédiés de France. Mais, en raison de l’insécurité des mers, ces tubes n’arrivaient à destination que très irrégulièrement et il s’en perdit même un grand nombre par suite de torpillages. A partir de juillet 1917, une usine fixe de fabrication d’hydrogène fut installée à Vakufkoj, sur la Sakuleva, à proximité de la voie ferrée de Monastir et de l’embranchement allant vers la boucle de la Cerna. Cette usine fonctionna parfaitement et permit toujours de ravitailler en hydrogène les compagnies d’aérostiers engagées dans la bataille.

Le bilan du séjour des aérostiers en Orient :

Comme les aérostiers du front français, comme ceux du front d’Italie, les aérostiers de l’armée d’Orient ne ménagèrent ni leurs efforts, ni leur peine. Toujours sur la brèche, travaillant sans relâche, ils fournirent au commandement de précieux renseignements et apportèrent une aide très efficace aux artilleries alliées. Leur tâche, souvent ignorée, fut des plus rudes, et ils la remplirent sans faiblesse. Non seulement ils eurent à combattre un ennemi agressif et redoutable, mais il leur fallut aussi, dans cette contrée inhospitalière aux ballons captifs, lutter contre les éléments déchaînés, contre le terrible vent du Vardar, qui, si souvent, détruisit le matériel et mit en péril la vie des observateurs. Il leur fallut encore assurer le bon rendement du service d’observation et accomplir d’invraisemblables randonnées, avec des moyens précaires et au prix de difficultés sans nombre.
Il leur fallut enfin vivre continuellement sous la tente, en plein soleil, par une chaleur torride, lutter contre un climat meurtrier et combattre sans trêve la maladie et l’implacable fièvre paludéenne. Par leur travail, par leurs souffrances, par leur énergie, par leur courage, tous les aérostiers de l’armée d’Orient ont contribué à la victoire finale et acquis à jamais le droit d’être fiers de l’oeuvre qu’ils ont accomplie.








 


Remerciements à :

- M. Luc Schappacher pour sa transcription intégrale de l'historique des 1er et 2ème régiment d'aérostation.

Bibliographie :

- Historique des 1er et 2ème régiment d'aérostation d'observation pendant la campagne 14-18 par le Lcl Patard en 1922.
- The French Air Service War Chronology 1914-1918
par Frank W.Bailey et Christophe Cony publié par les éditions Grub Street en 2001.
- Site Internet "Hangars et Bases de dirigeables en France" de Thierry Garcon / François Villon - Voir le lien
- Site Internet "Mémoires des hommes" du Ministère de la Défense - Voir le lien

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