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Quelques souvenirs
d'Emile Maria (1896-1984)
dictés en 1982-1983
à sa femme Octavie Lolli.

Il perd sa mère à 9 ans :

Ma mère Julie Bessi est née en 1861. Son père propriétaire d’un immeuble rue Hôtel des postes tenait un café restaurant. C’est là que ma mère a connu mon père en 1888. Ma grand-mère maternelle, née Ardisson, était propriétaire à Gairaud supérieur. Le mariage de mes parents a eu lieu en 1890. Ma mère est décédée le 31 décembre 1905, j’avais neuf ans.

Mon arrière grand père paternel, né en 1775 a été un grand tailleur de l’époque. A ce moment là, il y avait trois consuls, le consul noble, le consul des négociants et marchands, le consul des artisans et agriculteurs. Antoine Maria était consul des commerçants. Comme tailleur, on disait qu’il avait habillé Bonaparte lors de son séjour à Nice lors de la campagne d’Italie. Mon grand père (né en 1815) a repris son commerce qui était installé place Rossetti. Mon père Antoine Maria né en 1847, sculpteur sur bois, a été délégué par la ville de Nice à la 1ère Exposition Internationale de Paris en 1889, a donné de nombreuses leçons de sculpture et de dessin aux hivernants et a reproduit en bois pour la reine Victoria d’Angleterre, la croix qui se trouve place de Cimiez. Bien d’autres motifs sculptés par lui ont été détruits par la suite, dont deux gros lions au boulevard Dubouchage à l’entrée d’un immeuble.

Mon père a fait la guerre de 1870 dans l’artillerie, je possède encore une lettre écrite à sa mère, de la place de Langres et son livret militaire. Son frère vannier aurait créé et fabriquait les paniers en roseau pour l’expédition des fleurs de Nice. Cette activité a été reprise par mon père qui employait six ouvriers dans son atelier avenue Bellevue.

Orphelin à 16 ans :

Je suis resté orphelin de mère très jeune, élevé par une bonne. Mon père m’avait acheté une bicyclette pour mon certificat d’études, j’avais onze ans. J’ai été interne au lycée de Nice Napoléon 1er. A la mort de mon père, j’avais seize ans et mon brevet élémentaire, je suis rentré à la maison Thierry et Sigrand avenue de la gare (Jean Médecin). Ils étaient très contents de mon travail (sans orgueil). Je faisais beaucoup de vélo. Tende dans la matinée où de la famille m’attendait. Mon premier congé avec des camarades de Sigrand : nous sommes allés à Paris en voyage organisé pour quinze jours. Nous avons assisté à la grande revue du 14 juillet 1914, dernière revue avant la grande guerre.

Je suis passé vendeur au rayon enfants et cadets avec un gain mensuel de 150 F plus la guelte, (traitement supérieur à un lieutenant de l’armée française de l’époque). Le travail commençait à 7h 1/2 le matin, 1h 1/2 pour le déjeuner. Le magasin fermait à 18h30. Les vendeurs ne quittaient le magasin qu’après avoir rangé tous les vêtements et posé des housses sur les rayons. Quelques mois après, je suis passé aide-étalagiste et à la déclaration de guerre le 2 août 1914, l’étalagiste a été mobilisé, je l’ai remplacé jusqu’au 9 avril 1915, date de ma mobilisation.

La maison Sigrand ayant une succursale à Monte Carlo et une à Menton, j’y allais pour faire les étalages. Pour me rendre plus âgé, j’ai laissé pousser la moustache !

1915 : En lisant le journal à la rubrique militaire, mes yeux se sont portés sur l’annonce suivante : "Des jeunes gens qui exercent les métiers suivants mécaniciens, électriciens, tailleurs qui désirent servir dans l’aéronautique, envoyer certificat de travail au Secrétariat de l’Aéronautique, bd St Germain Paris".

Au 1er groupe d'aérostation :

Le directeur de Thierry me fit un certificat élogieux. Je fus affecté au 1er groupe d’aérostation de St Cyr. En même temps que mon stage militaire, je suivis un stage d’arrimeur (spécialiste pour la réparation des ballons). A la fin du stage, je fus affecté à une compagnie d’aérostiers, rattachée aux troupes anglaises qui n’avaient pas de ballons, en campement aux environs de Béthune.

Après quelques mois passés au front, évacué pour une légère maladie, j’ai rejoint après ma convalescence le dépôt de St Cyr, affecté au Bourget pour gonfler les petits ballons sur lesquels se faisaient des expériences pour les incendier avec des fusées qui étaient fixées sur les mats des avions de chasse.

Pilote de l'escadrille N 77 :

Ayant fait plusieurs demandes d’élève pilote, je fus affecté à Dijon. En 1917, ayant passé le brevet de pilote à l’école d’Istres dans d’excellentes conditions, je fus affecté à l’école de chasse et d’acrobatie à Pau. A la fin du stage, je suis parti au front à l’escadrille SPA 77. Je faisais les patrouilles de chasse sur le front, à la suite d’une de ces patrouilles, j’ai abattu avec des camarades une saucisse allemande en flamme au nord de Soissons. A l’arrivée de quatre jeunes pilotes en renfort au printemps 1918, trois ont été descendus en flamme. Quand on revenait des patrouilles et que l’on rentrait à la popote pour manger et qu’il y avait un manquant tué à la patrouille précédente, on disait : au suivant et on enlevait son assiette, se demandant intérieurement qui serait ce prochain puis la conversation roulait sur les incidents des combats précédents.

Au moment du repli des troupes allemandes, j’ai fait de nombreux mitraillages à basse altitude sur les convois allemands. Après l’armistice le 11 novembre 1918, j’allais à Strasbourg prendre des avions de chasse allemands pour les ramener à Villacoublay.

En Pologne de 1919 à 1920 :

Au printemps 1919, affecté sur ma demande à l’école d’aviation de Pologne, j’y suis resté comme moniteur jusqu’en 1921. Arrivée en Pologne au printemps 1919, le voyage s’est fait en wagon-lit par l’Orient Express en traversant la Suisse, l’Autriche, la Tchécoslovaquie, arrivé un vendredi à Varsovie. Le terrain d’aviation était en bordure de la ville. Le samedi matin, je suis allé à l’aérodrome où les avions français étaient là et j’ai fait les essais des avions. Les vols d’instructions commençaient le lundi matin suivant, tous les élèves officiers polonais se trouvaient là, parlaient correctement le Français. A ce moment là, la Pologne était en guerre avec la Russie soviétique. Les officiers nous ont conseillés de passer le dimanche après-midi dans une maison de thé située dans le bois de Boulogne de Varsovie. Nous étions fort remarqués par la population.

En Pologne, notre vie était très agréable, au point de vue financier, payé en franc français avec supplément de solde, la monnaie qui était basse, la vie y était pour rien. D’autre part, excessivement bien vu par le peuple polonais, de grandes facilités féminines, reçu dans les milieux les plus élevés de Varsovie y compris la présidence de la République. J’étais logé chez une famille de gros industriels (Filler) une grosse fortune polonaise. Cette famille voyant sa fortune se dégrader est venue s’installer à Nice en 1927. Je l’y ai retrouvé avec plaisir.

Rentré en France, j’ai bénéficié de six mois de permission que j’ai passés à Nice. Pour m’occuper, j’ai fait la représentation d’une grande marque de bonneterie parisienne, spécialiste de costumes de dames. J’avais obtenu cette longue permission, n’ayant eu aucun congé pendant les années en Pologne. Ensuite, affecté à l’école d’Avord que j’ai rejointe en juin 21. J’ai pris le poste de pilote d’essai au parc militaire de réparation des avions et des moteurs. J’exécutais également des missions avec des élèves officiers qui venaient passer leur brevet d’observateurs en avion. En 1923, ayant connu ma femme, j’ai fait une demande pour me rapprocher de Nice, malgré la peine du Colonel qui ne voulait pas se séparer de moi, j’ai été affecté en avril 24 à l’école d’Istres comme moniteur/chef pilote.

Campagne 39-40 :

Marié en juillet 1924, nous avons habité St-Chamas jusqu’en 1930. J’ai quitté l’armée en août 31 et suis rentré à la mairie de Nice au service architecture. Pendant mes loisirs, je me suis occupé de l’aéroclub de la Riviera. Nous avions deux avions au terrain de La Californie (Nice) où je donnais des baptêmes de l’air. Mobilisé le 2 août 39 et affecté comme officier de l’air auprès du général commandant l’armée des Alpes, je m’occupais des missions aéronautiques en cas de guerre avec l’Italie. Puis je fus affecté à l’Ecole de Clermont- Ferrand (Aulnat) car j’étais trop âgé pour voler. Avec ma famille, j’ai retrouvé avec plaisir un de mes premiers élèves de la garde russe, élève officier polonais, lieutenant Romeko, que j’ai retrouvé à Clermont Ferrand en 1940, comme général de l’armée polonaise. Il avait quitté son pays envahi par les Allemands, se mettait à la disposition de l’armée française.

En partant on m’a remis la Croix du Mérite polonais qui équivaut à notre légion d’honneur. J’ai reçu aussi la Médaille de la guerre d’indépendance de la Pologne. A la suite des événements, j’ai été démobilisé et ai repris mon travail à la mairie de Nice.

Section des Vieilles tiges des Alpes-Maritimes :

Création de la section Vieilles tiges des Alpes–Maritimes où j’occupe depuis la Vice- Présidence. Comme je n’aime pas rester inactif et que mon petit jardin ne prend pas tous mes instants, j’ai créé le comité de quartier St Barthélémy-St Sylvestre que je préside de mon mieux. Ma joie est de me retrouver tous les ans en septembre à Istres où se réunissent tous les anciens et nous sommes heureux de passer 2 bonnes journées où je retrouve beaucoup de mes anciens élèves et parler de ces bons moments de la belle époque de notre jeunesse.

 

Remerciements à :

- Mme Monique Selva, fille d'Emile Maria, pour la transmission de ce témoignage.

Bibliographie :

- Les escadrilles de l'aéronautique militaire française - Symbolique et histoire - 1912-1920 - Ouvrage collectif publié par le SHAA de Vincennes en 2003.
- Les canons de la victoire 1914-1918 - Tome 1 - L'artillerie de Campagne par Pierre Touzin et François Vauvillier par les éditions Histoire & Collections en 2006.
- L'aviation française 1914-1940, ses escadrilles, ses insignes - par le Commandant E Moreau-Bérillon - publié à compte d'auteur en 1970.
- The French Air Service War Chronology 1914-1918 par Frank W.Bailey et Christophe Cony publié par les éditions Grub Street en 2001.
- Les Armées françaises dans la Grande Guerre publié à partir de 1922 par le Ministère de la Guerre.
- Les "As" français de la Grande Guerre en deux tomes par Daniel Porret publié par le SHAA en 1983.
- Site Internet "Mémoires des hommes" du Ministère de la Défense - Voir le lien

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Charles Denti Jean Pieribattista

 

 

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