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Montage de l'arme sur le champ de tir

Un Lange 21 cm Kanone in Schiessgerüst en essai réel au pas de tir sur le champ de tir de la Marine à Altenwalde, près de Cuxhaven, au Nord de l'Allemagne - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Montage de l'arme sur son affut - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Fixation des haubans du tube - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

L'arme complétement assemblée - L'escalier à l'arrière de la culasse est un aménagement construit pour ces essais sur le champ de tir - Il permettait aux officiels d'accéder facilement à l'arme - Il ne sera bien entendu pas repris sur les armes engagées sur le champ de batailles - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

 

 

 

L'arme photographiée avec l'élévation maximale du tube - Les deux hommes donnent l'échelle - Cette photo permet de distinguer le tube en deux parties assemblée avec un manchon central - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Un 21/36 cm "Wilhelm Geschütze" au pas de tir sur le champ de tir de la Marine à Altenwalde, près de Cuxhaven, au Nord de l'Allemagne - Remarquez le haubannage du tube pour assurer sa rigidité - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Dans la forêt de Saint-Gobain

Travaux de construction d'un pas de tir en forêt de Saint-Gobain pendant l'hiver 1917-1918 - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

 

 

 

 

Un 21/35 cm "Wilhelm Geschütze" de la forêt de Saint-Gobain vient d'être assemblé et entièrement camouflé - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Les servants d'un 21/35 cm "Wilhelm Geschütze" de la forêt de Saint-Gobain posent pour la postérité - Cliquez sur l'image pour l'agrandir - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Les servants d'un 21/35 cm "Wilhelm Geschütze" de la forêt de Saint-Gobain posent pour la postérité - Cliquez sur l'image pour l'agrandir - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

Photo aérienne datée du 11 avril 1918 et révélant les 3 emplacements des 21/35 cm "Wilhelm Geschütze" installés par les Allemands dans la forêt de Saint-Gobain - Origine VIème armée - Cliquez sur l'image pour l'agrandir - Photo collection Général Jacques Guély - Les amis du Patrimoine de l'armement de Bourges.

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Carte d'état-major d'époque détaillant les emplacements des trois Paris Kanonen dans la forêt de St-Gobain - Cliquez sur l'image pour l'agrandir - Carte transmise par M. Thierry Ehret que je remercie pour son aide.

Position du bois de Corbie

Carte d'état-major d'époque détaillant les positions du village de Beaumont-en-beine, le bois de Corbie et l'emplacement du Paris Kanonen qui a tiré 104 obus sur Paris à partir de cet affut orientable - Cliquez sur l'image pour l'agrandir - Carte transmise par M. Thierry Ehret que je remercie pour son aide.

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Photo du faux emplacement camouflé par les Allemands au Nord du bois de Corbie, le 5 juin 1918 - Altitude de prise de vue 4000 m - Focale de prise de vue 1,20 m - Carte transmise par M. Thierry Ehret que je remercie pour son aide.

La découverte des "Paris Kanonen"
par les observateurs de la SPA 62

C'est dans la matinée du samedi 23 mars 1918, vers dix heures, que vint à mon escadrille, le commandant de l'aéronautique de l'armée à laquelle j'appartenais. Le commandant nous apprit qu'une pièce boche à longue portée avait commencé à bombarder Paris à six heures quarante-cinq du matin et qu'il fallait coûte que coûte la découvrir. Il s'agissait donc d'aller photographier l'emplacement des pièces, mais où ? Personne n'en savait trop rien. Enfin nous décidâmes d'aller prendre des clichés aux environs de la forêt de Saint-Gobain. Je fus désigné pour accomplir cette mission avec comme observateur le lieutenant Emile Théry (observateur SPA 62) et comme certainement il devait y avoir du Boche en l'air, six avions de chasse devaient nous protéger. Après l'installation de l'appareil photographique et une rapide préparation de l'avion effectuée par mes vaillants mécaniciens, nous étions, mon observateur et moi, en tenue de vol, prêts à partir.

Nous donnons rendez-vous aux six SPAD qui doivent nous escorter à une hauteur de 4.000 mètres, puis je décolle à onze heures. Je prends de l'altitude; le temps est peu favorable; aussi jusqu'à 1.500 mètres de haut nous sommes très chahutés, car il y a des nuages épais à 2.000 mètres qui nous donnent des remous continuels. Mon altimètre indique 4.000 mètres : c'est la hauteur du rendez-vous fixé; aussi tous mes compagnons viennent se grouper autour de moi, mais il n'y en a que quatre au lieu de six (deux ayant été obligés de redescendre par suite de panne de moteur). Je continue ma montée jusqu'à 5.000, tout en restant coude à coude avec les SPAD qui me protègent.

Arrivé à 5.000 mètres, par un signe convenu à l'avance, je fais comprendre à mes compagnons que nous prenons la direction des lignes. Nous voilà chez les Boches. Pas encore un coup de canon sur nous, c'est mauvais signe : il doit y avoir des patrouilles ennemies en nombre; puis tout à coup, au nord-est de la forêt de Saint-Gobain. La DCA boche commence à nous arroser copieusement d'obus qui nous arrivent bien exactement à même hauteur; aussi, pour me dégager, je joue avec les flocons noirs.

Mon observateur a commencé à prendre les clichés et nous voilà au-dessus de Crépy et les batteries continuent à nous sonner consciencieusement. A un moment donné, les SPAD, qui ne m'avaient pas, lâché une minute, piquent au-dessus de moi dans la direction de six avions de chasse boches qui, après avoir descendu un des nôtres, se dirigent vers Marie. Est-ce un boche que je viens de voir descendre en vrille ou un français ? C'est ce que j'ai su cinq minutes plus tard, quand je m'aperçus, en passant nos lignes, que seulement trois SPAD me suivaient, mais j'avais encore espoir que notre camarade n'était que blessé. La mission est terminée et j'atterris le premier et, à mesure que chacun atterrit, nous accourons tous auprès de l'appareil afin d'avoir des détails. Quand tous les appareils furent au sol, nous constatons que c'est le lieutenant Pierre Lecoq (pilote SPA 62) qui manque et nous apprenons un peu plus tard que c'est bien lui qui a été descendu par six boches dans nos lignes et que son corps a été percé de nombreuses balles.

Les clichés n'étaient pas excellents, mais ils donnaient l'emplacement exact des "Berthas" et l'on put commencer à régler le tir de nos pièces d'artillerie destiné à la destruction des "kolossals canons". Au cours de cette expédition, un de mes camarades, l'adjudant pilote Charles Quette (Pilote et As de la SPA 62, dix victoires), a vu une lueur qui était bien un des départs des pièces de Crépy. Quelques jours plus tard, de nouveaux clichés photographiques étant jugés nécessaires pour compléter les renseignements recueillis au cours de la première excursion et pour constater l'efficacité de nos tirs de destruction, je fus à nouveau désigné avec, comme observateur, le lieutenant Paul Brousse (observateur SPA 62) et avec un autre équipage. Le pilote était l'adjudant Fabien Lambert (pilote SPA 62), qui avait comme observateur le lieutenant Robert Brumault des Allées (chef observateur de la SPA 62). Malgré le temps défavorable, le barrage dense et précis des pièces antiaériennes, malgré la surveillance constante de l'aviation de combat ennemie, de nouveaux clichés ont été pris. Pendant cette mission, un des pilotes de SPAD, André Bosson (pilote SPA 62), abat deux triplans Fokker.

Au retour, mon camarade Fabien Lambert, et moi constatons que chacun nous avons notre appareil criblé d'éclats d'obus. Le repérage par le son vient à l'appui des audacieuses explorations de nos pilotes : nos batteries à longue portée arrosent d'obus les "Berthas" de Crépy-en-Laonnois. Malgré le camouflage destiné à les dérober à la vue de nos avions, les gros canons allemands ne résistent pas longtemps : l'un d'eux éclate; un autre, celui dont nous donnons la photographie de la plate-forme, est démonté par le tir de nos batteries. Le 1er mai, les "Berthas" de Crépy-en-Laonnois sont réduites au silence. Mais les Boches, qui préparaient une nouvelle offensive, installèrent d'autres pièces vers Guiscard, et, le 27 mai, jour de la fameuse ruée du Chemin des Dames, les obus recommencèrent à tomber sur Paris. Moins de huit mois après ce victorieux début. L’Allemagne était battue et forcée de demander la paix. Aujourd'hui, les alliés montent la garde sur le Rhin !

Après l’étude de ce texte, on constate que ce sont les observateurs d’armée de la 6ème armée, affectés à l’escadrille SPA 62 (Brumeaux des Allées, Emile Théry, Paul Brousse) qui ont découvert les premiers un ou plusieurs sites (il y en avait 3). Ce sont ensuite les équipages de la BR 213 qui ont permis à l'artillerie lourde sur voie ferrée française de contrebattre les 3 pièces allemandes, réduisant leur cadence de tir et provoquant des pertes.

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Les tirs sur Paris par canons à très longue portée en 1918.
par Thierry Ehret

Après une première journée de tirs sans réaction de la part de l’artillerie française, grande fut la surprise le 24 mars 1918 à la mi-journée peu après la communication au sujet de la presse française mentionnant que la capitale avait été atteinte. Rausenberger : "A peine avions-nous commencé à commenter notre succès, assis à l’air libre par un magnifique temps printanier, que les premiers obus français de gros calibre tombèrent à 200 mètres de nous dans un grand fracas, et les éclats sifflèrent au-dessus de nos têtes". Comme indiqué plus haut, les premiers impacts causèrent des pertes. Le communiqué allemand parla de tirs provenant "apparemment de trois canons situés dans la région à l’Est de Soissons".

La riposte française fut rapide car elle pouvait s’appuyer sur des préparatifs constitués durant l’été 1917 à la VIème armée. Après la réorganisation de l’artillerie à grande portée en janvier 1918, le nombre des matériels restait limité, mais doté d’une certaine mobilité : 11 pièces de calibre 305 mm, 6 pièces de calibre 340 mm. Au 23 mars, le général Marchal commandant l’artillerie de la VIème armée était secondé par le chef d’escadron Hatt détaché de la Réserve générale d’artillerie pour coordonner l’artillerie lourde. A 16H30 le capitaine Buat, commandant le 7ème groupe du 78ème Régiment d’artillerie lourde, fut demandé d’urgence à la R.G.A. de l’armée. Il y reçut l’ordre de faire mouvement avec ses deux batteries se trouvant sur les épis de Paars, la 19ème du capitaine Simonis de Dudezeele et la 20ème du capitaine Donon, vers les épis de Vailly. Ces batteries étaient armées chacune de deux canons de 305 mm à glissement modèle 1893-1896.
"Le groupe doit être utilisé pour exécuter des missions de contre batterie sur la pièce à longue portée tirant sur Paris et située probablement au nord-ouest de Crépy-en-Laonnois"
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Dans le télégramme n° 4882 envoyé à 18H15 au Groupe d’Armées du Nord et à la VIème armée, le G.Q.G. donnait ses instructions :
"1) En vue de contrebattre pièces allemandes à longue portée signalées comme probablement forêt Saint-Gobain ou vers sud de Crépy à quinze kilomètres du front, je mets à la disposition de la VIème armée 7ème et 8ème groupe du 77ème R.A.L.V.F. et 8ème groupe du 78ème R.A.L.V.F. (…).
2) Sans plus attendre, faites rechercher, au plus tôt, précisions sur emplacements et commencez à contrebattre par vos propres moyens".

Départ du groupe Buat à 20 heures, arrivée le 24 mars en gare de Vailly à 4H45. Les travaux de mise en batterie durèrent toute la matinée, conséquence de divers désagréments. "La mise en place des poutrelles, commencée immédiatement, est rendue pénible par le mauvais état des épis. D’autre part les repères topographiques sont introuvables. Le groupe est prêt à tirer à 12H15". L’objectif se situait à une distance de 25 kilomètres et ne pouvait être observé efficacement que par avion. Le lieutenant Pierrot, commandant l’escadrille BR 213 basée à Saconin, avait déjà été alerté la veille et avait envoyé plusieurs avions en repérage durant l’après-midi, dont celui du sous-lieutenant observateur Maguères. "A 13H20, départ d’un avion de réglage. La transmission terre-avion est assurée par un projecteur et les draps". A ce moment, les avions dotés de TSF n’étaient équipés qu’en émission. "Une panne de TSF à l’avion s’oppose au réglage et nécessite l’envoi d’un autre avion. Le tir commence à 15H03, il est conduit par salve de 4 coups à 10 secondes d’intervalle. Transmission par TSF défectueuse". Le premier appareil était piloté par le lieutenant Thène, le second par Maguères. Les ennuis ne faisaient que commencer. "La conduite du tir est fortement gênée par la présence du général Marchal, commandant l’artillerie de l’armée, dont les réflexions désobligeantes et les prescriptions contraires, soit au règlement, soit au désir du commandant de groupe, contribuent à augmenter l’énervement du personnel. Aucun coup n’est observé par cet avion". Pendant les essais de réglage, un autre avion, celui du lieutenant des Allées fut chargé de prendre des photographies aériennes. Le travail d’observation effectué depuis janvier 1918 par les escadrilles de la VIème armée avait révélé trois emplacements possibles.
Mais quel était le nombre des emplacements utilisés ? "Un troisième avion prend l’air à 15H45 et observe 6 coups en tout. Malheureusement dans aucune salve il n’est observé plus de 2 coups et l’attribution des corrections aux différentes pièces est incertaine. Dans l’ensemble la portée est bonne dès le début et la direction initiale très voisine". Le commandant du groupe ne précise pas quels emplacements étaient visés. Les tirs cessèrent à 18 heures, la 19ème batterie avait envoyé 17 obus et ses deux pièces avaient été endommagées ; la 20ème batterie avait envoyé 23 obus. Dès les premiers obus, la position XVI se trouva menacée, mais les artilleurs français n’en surent rien.
L’aéronautique du G.Q.G. publia le 28 mars un compte-rendu très rassurant qui arrange la réalité. "Journée du 23 mars. Un réglage de l’artillerie lourde à longue portée est entrepris sur l’emplacement présumé (région de Crépy) de la pièce tirant sur Paris. Cette pièce cesse sont tir après notre troisième salve. Journée du 24 mars. La pièce allemande qui tire sur Paris ayant repris son tir, notre aviation exécute un nouveau réglage d’A.L. qui fait cesser le tir rapidement". Nous savons par les documents allemands cités plus haut que deux pièces distinctes tirèrent durant ces deux journées et nous venons de voir que l’A.L.G.P. française n’entra en action que le 24 mars.

Le 25 mars, c’est l’artillerie allemande de protection qui ouvrit le feu, dirigeant sur les épis de Vailly un bombardement d’une soixantaine d’obus de calibre 17 cm entre 6 heures 30 et 13 heures, qui endommagea les voies ferrées mais pas les canons. Dans la matinée, les tirs français de contrebatterie reprirent avec 13 coups de la 19ème batterie et 15 coups de la 20ème batterie. "Dès 6H30 l’ennemi commence à bombarder la position et particulièrement les voies d’accès aux épis et la région des wagons de commandement. Le capitaine transporte son PC dans un ancien abri allemand au voisinage des pièces. A 7H15 la batterie ouvre le feu, pas d’observation, dix coups tirés jusqu’à 8H45. De 11H30 à 12H35 cinq nouveaux coups sont tirés toujours sans observation. Le bombardement ennemi, 240 ou 210, se poursuit durant toute la journée sans causer d’autres dégâts que des coupures dans les voies d’accès. Le personnel complet d’une pièce doit être jusqu’à nouvel ordre en permanence sur la position et ouvrir le feu sur l’objectif en moins de trois minutes le jour, de quinze minutes la nuit".
L’absence d’observation peut s’expliquer par le repli de l’escadrille BR 213 qui alla s’installer le 28 mars sur le terrain de May-en-Multien tout aussi bien que par le mauvais temps. Au moment de la pause des tirs contre Paris, la 19 ème batterie reçut l’ordre de changer d’objectif pour tirer sur Laon, tandis que la 20ème batterie restait silencieuse. Le 28 mars fut une journée difficile pour la 19ème batterie avec la mort du chef de la deuxième pièce le sous-lieutenant Stefanaggi, et la perte due aux bombardements de trois tués et seize blessés, avec en outre des dommages à l’une des pièces, l’obligeant à quitter la position. Afin de continuer les tirs sur Laon, la 20ème batterie reçut l’ordre de modifier sa direction de tir.
Depuis le 25 mars, les repérages tant par observation aérienne que par S.R.S. avaient permis de définir tous les objectifs possibles près de Crépy pour réduire au silence les canons Wilhelm,soit un total d’une douzaine : n° 1 correspondant à la position XVI, n° 2 à 7 entre et autour des positions des canons, n° 15 correspondant à la position XV, n° 16 correspondant à la position XXIII, alpha proche de la position XVI, bêta proche de la position XV, gamma proche de la position XXIII.
Le 29 mars, nouvelle modification pour la 20ème batterie. "A 17H30 arrive l’ordre de déplacer immédiatement les poutrelles pour reprendre le tir sur l’ancien objectif, des coups venant de tomber à nouveau sur Paris. Il est donné pour cet objectif un nouvel emplacement à 500 mètres à l’est et à 600 mètres au nord de l’ancien. Le nouvel objectif porte le numéro 15 [position XV]. A 19H02 la batterie ouvre le feu et tire 6 coups jusqu’à 19H18. Halte au feu jusqu’à nouvel ordre". Le tir fut effectué sans observation. "Le groupe reçoit l’ordre de mettre une batterie en surveillance sur l’objectif n° 4". Cet objectif se situait à 300 mètres au sud de la position XV et à environ 400 mètres à l’ouest de la position XXIII, celle qui était réellement en activité à ce moment. Pour le lendemain, un nouvel essai de réglage par avion échoue. "30 mars. Pendant toute la journée aucune observation du tir [21 coups tirés] n’a été possible. Chacun de ces tirs est déclenché sur ordre de l’armée au moment des arrivées sur Paris. L’ennemi a violemment bombardé la position durant toute la journée. A 12H les canonniers Delpeuch et Boulay sont grièvement blessés par des éclats d’obus auprès de leur pièce". L’un des blessés décèdera peu après. Le même jour la 19ème batterie, qui ne tirait sur Laon qu’avec une seule pièce, subit un bombardement détruisant un wagon à munition. Dans l’après-midi du 31 mars, la 20ème batterie ne tira que quatre obus sur l’objectif n° 4, sans observation comme précédemment. "Le personnel de la 20 ème batterie est très fatigué par les séances prolongées sur le terrain (6H à 20H), les tirs effectué et surtout par la situation de la batterie en surveillance pendant la nuit et les bombardements subis depuis plusieurs jours". Par lettre n° 5254/BS datée du même jour, le ministre de la guerre Clemenceau demanda au 3ème bureau du G.Q.G. des explications sur les contrebatteries qui n’empêchaient pas les obus de tomber sur Paris, explications qui furent longues à venir. Le général Marchal fut remplacé par le général Le Rond au commandement de l’artillerie de la VIème armée.

Venant de Lorraine, le 8ème groupe du 77ème R.A.L. du capitaine Laurent vint renforcer le dispositif à partir du 26 mars 1918. La 23ème batterie du capitaine Maurer, armée de deux canons de calibre 340 mm modèle 1893 à glissement, prit position aux épis de Missy-Condé le 26 mars. La 22ème batterie du capitaine Gauthier-Villars, armée de deux canons de calibre 340 mm modèle 1912 à berceau, ne put s’installer aux épis de Bucy-le-Long que le 30 mars, après de longs travaux. Les positions de Crépy se situaient à 26 km de distance. Enfin le 28 mars une pièce de la 25ème batterie du 78ème R.A.L. du capitaine Clémentel, armée d’un canon de calibre 305 mm à berceau modèle 1893-1896 prit position près du tunnel de Margival. La multiplication des calibres perturba le service de renseignement allemand de la 7ème armée.
Rapport hebdomadaire du 29 mars 1918 : "Les tirs à longue portée se sont multipliés au groupe Crépy (position Wilhelm). Depuis le 26 mars les voies ferrées des sorties Est et Ouest de la gare de Laon sont soumises à un bombardement important de canons lourds sur voie ferrée des épis de Vailly, depuis le 28 mars au soir également des épis de Soupir et de Chivres. Calibre le plus élevé sur Crépy apparemment 24 cm, sur Laon apparemment 22 cm".

Dans la matinée du 1er avril, la batterie Gauthier-Villars commença à tirer sur les positions de Crépy. Comme pour les batteries de 305 Simonis et Donon, dès les premiers obus français les Allemands subirent des pertes près de leur canon. La dispersion théorique des obus de 463 kg de calibre 340 mm dans les conditions de tir était de 160 mètres en portée. Après avoir enterré son canonnier décédé, la 20ème batterie reprit ses tirs sans observation sur l’objectif n° 4 à 13 heures, avec un total de 27 obus. "Le ballon 45 croit pouvoir situer des éclatements de la 20ème batterie en 46-23, ce qui donnerait une bonne portée et une direction trop à droite de 300 mètres par rapport à l’objectif n° 4".
Encore un hasard étonnant : l’écart observé correspondait à peu près à la position XXIII. S’agissait-il d’éclatements de la batterie citée ou de la batterie Gauthier-Villars ? La 45ème compagnie d’aérostiers commandée par le lieutenant Allégrié se trouvait aux environs de Vailly.
Dans son compte-rendu de renseignement n° 1383 du 1er avril, le G.Q.G. s’exprimait au conditionnel après une semaine de bombardements de Paris. "Il y aurait deux pièces à très longue portée. Chaque fois que l’une tire, le coup de départ est masqué par deux ou trois départs synchrones de 170 marine. Le nombre de pièces de 170 marine destinées à masquer le coup de la très longue pièce serait assez élevé, de 6 à 10 environ. "Ordre téléphonique pour la journée du 2 avril. Batterie Buat commencera à 6 heures tir de neutralisation simultanément sur les deux objectifs 15 et 16. Ces deux objectifs sont de part et d’autre de l’objectif 4. Vitesse moyenne de tir 10 coups à l’heure pour l’ensemble des deux objectifs".
Le réglage par avion de l’escadrille BR 213 fut à nouveau impossible. La 19ème batterie tira 33 coups sur l’objectif n° 16 (position XXIII), la 20ème batterie 48 coups sur l’objectif n° 15 (position XV). Une pièce de la 19ème batterie était indisponible, la deuxième pièce de la 20ème batterie tomba à court de munitions. Le même ordre fut donné le 3 avril, pour une vitesse de tir moindre, les deux pièces restantes tirèrent 34 coups. Un nouveau canonnier fut blessé par un obus allemand. Les tirs cessèrent le 4 avril. Dans un télégramme chiffré daté du 2 avril, Pétain, commandant en chef des armées françaises, réclama au G.A.N. et à la VIème armée des informations plus précises. "En vue déterminer emplacement encore imprécis de batterie allemande tirant sur Paris, faites procéder si ce n’est déjà fait à l’établissement de photographies de la région, au besoin obliquement en assurant aux observations aériennes protection convenable. Tenez-moi au courant de l’état de la question (dont l’importance ne peut vous échapper)". Après tous les échecs successifs dans le domaine de l’observation aérienne, ce n’était pas faute d’avoir essayé.

Après le 1er avril 1918, trois canons de calibre 145 mm modèle 1916 de la 4ème batterie du 82ème R.A.L. furent installés dans la région de Coucy-le-Château, à 16 km de l’objectif. Le 3 avril, un groupe de 145 fut envoyé à Coucy-la-Ville sur ordre du G.Q.G. avec pour mission d’arroser les emplacements de Crépy pour les neutraliser à raison de 200 à 300 coups par jour. Ces pièces furent repliées après le 6 avril, lors de l’opération allemande Erzengel. Une autre batterie, la 6ème du 82ème R.A.L. fut installée le 14 avril "presque sur les premières lignes, au sud de Pinon, pour neutraliser [les canons tirant sur Paris], mais cette batterie, très exposée, ne pourra vraisemblablement pas agir bien longtemps".

Le réglage des tirs ne fut jusque là guère possible par avion. Le général Le Rond demanda le 8 avril au chef d’escadron Hatt "d’étudier la possibilité d’installer un observatoire terrestre, destiné à signaler le départ des coups des pièces à longue portée tirant sur Paris", de la même manière que l’officier cité avait organisé l’observation pour les tirs contre le canon de calibre 380 mm qui bombarda Dunkerque en 1915. La réponse de Hatt fut négative car "il n’existe pas d’observatoire terrestre sur le front de l’Armée permettant le repérage des lueurs des pièces" et par ailleurs la brume et les engins fumigènes masquaient les canons. Restait une dernière possibilité par les services de renseignements.

Le 24 mars l’état-major de la marine diffusa au G.Q.G. les déclarations d’un déserteur qui donna des détails sur l’historique du détachement spécial Schulte, comprenant notamment "quatre tubes prévus pour pièce de 380 auxquelles on aurait adapté une âme de 210 mm. Fin décembre 1917, la construction d’un emplacement pour ces quatre pièces était terminée dans le bois situé à l’ouest de Crépy. Le déserteur dit savoir que des tirs ont été effectués au fort d’Altenwalde avec des tubes de 380 ainsi transformés et que l’on aurait atteint une portée de 75 km". Le calibre des obus était correct mais rien de précis sur les emplacements des canons. Au 11ème corps d’armée le 2 avril, "le capitaine Dupont, chef du 2ème bureau du C.A., donne les emplacements précis de trois pièces tirant sur Paris (dont une avait éclaté), d’après les renseignements d’un sous-officier prisonnier". Il s’agissait en fait du bulletin de renseignements n° 442 du 2ème bureau de la VIème armée. "Les renseignements suivants ont été fournis par des sous-officiers du 251e Rés. (75 ème D.R.) capturés le 31 mars dans l’affaire de Chauny. Les sous-officiers sont entrés en relation avec un Vizefeldwebel de la Ortskommandantur de Crépy, chargé de préparer leur cantonnement, qui leur a montré où étaient les fameuses pièces, et leur a donné les détails suivants. Nombre de pièces : trois. Emplacement au nord-ouest de Crépy-en-Laonnois région du Mont-de-Joie, deux sur un épi avec embranchement, une sur un autre épi, toutes trois aux extrémités des épis (ces emplacements ont été cités avec précision). Le matin du 25 mars, une des pièces a éclaté tuant un officier et huit ou neuf hommes". Ces informations parvinrent seulement le 5 avril au groupe Buat qui reçut ainsi la confirmation, bien tardive, que seuls les objectifs 1, 15 et 16, repérés dès le 17 janvier, méritaient de l’attention. "Un des canons a eu un éclatement le 25 mars dernier. La troisième pièce, tenue en réserve jusque là, a dû commencer à tirer pour la première fois l’après-midi du 28 en remplacement du canon détruit. Le tir français serait bon en direction, mais le coup le plus rapproché serait court de 100 mètres". Les informations relativement fiables, hormis pour les pertes allemandes, ne révélaient pourtant pas quelles positions étaient actives et quand. Nouveau bulletin de renseignements du 2ème bureau de la VIème armée, le n° 447 du 7 avril. "Les prisonniers du 53ème régiment ont vu les pièces tirant sur Paris et confirment les renseignements déjà donnés sur leurs emplacements (voir B.R. du 2 avril dernier). Le canon qui a éclaté est celui qui est situé à l’extrémité de l’épi le plus au nord-ouest. L’accident a eu lieu entre les 25 et 27 mars et serait peut-être dû à un de nos tirs. On raconte, en effet, qu’un obus serait tombé tout à côté de la pièce en question, aurait détérioré l’âme et causé des pertes dans le personnel. Le canon aurait éclaté au coup suivant". Les informations principales de ces bulletins se retrouvèrent dans la presse quotidienne parisienne peu de temps après, sans doute pour rassurer une population qui continuait à subir les bombardements.

Le 6 avril 1918 le chef d’escadron Hatt donna son ordre de tir à la 19ème batterie sur l’objectif 16 (position XXIII) et à la 20ème batterie sur l’objectif 15 (position XV), à nouveau sans observation aérienne. Le capitaine Buat avait noté la veille : "Le lotissement des charges est en ce moment très défectueux. La voie d’accès aux épis aurait grand besoin d’être réparée". Les deux batteries tirèrent chacune 15 obus. Le même jour Buat fut invité à se joindre à Maurer et Gauthier-Villars pour constituer un sous-groupement sous les ordres du commandant Laurent. La coordination des batteries et du réglage par avion fut enfin organisée, deux semaines après le début des tirs. Les 7 et 8 avril furent consacrés aux réglages des pièces de calibre 340 mm, sans grande efficacité à cause du mauvais temps. Un exercice de liaisons pour l’ensemble des batteries du sous-groupement donna satisfaction en début d’après-midi du 9 avril. La 19ème batterie du 78ème R.A.L.V.F. reçut un renfort de deux sous-officiers et 19 soldats malgaches. En fin d’après midi, visite du commandant de la Réserve générale d’artillerie, le général Herr, au groupe Buat. "L’état d’usure avancée des pièces de la 20 ème batterie lui est signalé, ainsi que la perte du premier mémoire de propositions de citations envoyé à la R.G.A. de Belleu". Hormis l’usure signalée, la 19ème batterie ne pouvait utiliser qu’une seule de ses pièces, l’autre étant en réparation.

En date du 9 avril, le général Franchet d’Esperey, commandant le Groupe d’armées du nord, envoya un mémo au général commandant en chef. "Par suite de notre repli sur l’Ailette, notre artillerie lourde se trouve à 20 kilomètres environ des emplacements des canons allemands tirant sur Paris. Aucun de nos matériels, autres que les matériels A.L.V.F. de gros calibres, ne peut plus atteindre ces objectifs. Mais nos matériels s’usent rapidement. La vie d’une pièce des calibres précités peut être estimée grossièrement à 300 coups environ. Aussi, depuis deux jours, nous avons ralenti notre feu et nous ne tirons que lorsque Paris signale les pièces allemandes en action". Nous avons vu plus haut que la détermination du seul canon en action à partir du 29 mars, posait encore de sérieux problèmes aux Français, qui par ailleurs ne parvenaient toujours pas à un réglage par avion satisfaisant. Le 11 avril le 3ème bureau G.Q.G. répondit enfin à la lettre de Clémenceau du 31 mars, en donnant l’historique des actions entreprises depuis le 24 mars. "En résumé, tous les moyens possibles de contre-batterie ont été utilisés. Quant au bombardement par avions, il y a peu de choses à attendre de son action. Le bombardement de jour n’est pas susceptible d’une précision et d’un tonnage suffisants pour obtenir une action réelle (…). Actuellement, voici quelle est la situation. Nos tirs, d’abord conduits sans interruption de jour et de nuit ont été ralentis, d’une part à cause de la diminution de l’activité du bombardement sur Paris, d’autre part à la suite de l’usure rapide de nos pièces". Difficile exercice de justification de l’incapacité de l’artillerie française à empêcher les bombardements de la capitale, alors même que sa mission d’atteindre à longue portée une cible de dimension réduite était d’une grande complexité.

11 avril. Le nouveau super-canon de la position XV ouvrit le feu tandis que le goupe Buat était occupé à une nouvelle tentative infructueuse de réglage par avion, sur la ferme But. Laurent donna immédiatement ordre de tirer à la 20 ème batterie. "Il est donné un troisième emplacement pour l’objectif au sud-est du précédent. Le nouvel objectif porte le numéro 16. 20 coups sont tirés sans observation de 16H à 19H36". A ceux-là s’ajoutèrent 8 coups de la 19 ème batterie. Les avions de réglage n’avaient rien vu, et pourtant, celui du sous-lieutenant observateur Massimi de la BR 213 en mission au-dessus de Laon vit deux coups tirés depuis la position XV en fin de journée. Le lendemain, le même scénario se reproduit. "A 6H57 ordre d’ouvrir le feu sur l’objectif 16". L’information importante de la veille n’était pas encore parvenue au commandant Laurent, pas plus que celle de la 45 ème compagnie d’aérostiers. "Le ballon 45 signale qu’à 6H43 il a vu une forte lueur en 43-25 (correspondant sensiblement à l’objectif 15)". Le changement d’objectif n’eut lieu qu’après midi. Le groupe Buat tira 49 obus dont seulement un tiers sur le bon objectif. Les tirs se poursuivirent les jours suivants. En date du 13 avril, le général Le Rond rendait compte que sept pièces étaient encore en mesure de tirer. "Pour toutes les batteries, les lots de poudre sont bien tarés et les approvisionnements restants suffisent pour que la nécessité d’un nouveau tarage ne soit pas prochaine. Toutes les batteries ont leurs pièces bien régimées et accrochées. Les deux batteries de 340 sont bien réglées par avion. Les pièces du groupe de 305 sont déjà très usées et proches de la fin de leur carrière". A cette date, les pièces de 305 avaient déjà tiré 440 obus et celles de 340, 250 obus. Le 14 avril, Duchêne fit suivre au G.A.N. le compte-rendu du chef de son artillerie lourde. "On fait tout pour améliorer les réglages, et les photos les plus récentes montrent que l’un des emplacements a été atteint par nos projectiles et que les deux autres sont serrés de près". Le G.Q.G. ne tarda pas à réagir et diffusa au G.A.N. la note n° 17.485 le 16 avril. "L’usure rapide des pièces d’A.L.G.P. employées pour contrebattre les pièces allemandes qui tirent sur Paris impose de renoncer au mode d’emploi adopté jusqu’à présent. Il est parfaitement inutile et il est coûteux de tirer avec du 305 ou du 340 lorsque l’observation et le contrôle du tir sont impossibles ou très difficiles. En conséquence tout devra être préparé pour exécuter un véritable tir à démolir dès que les circonstances atmosphériques seront favorables". Ce jour, le lieutenant-colonel Bancilhon, fut nommé commandant de l’artillerie lourde d’armée de l’Aisne, prenant sous ses ordres le groupement Laurent et les batteries charges de la protection des canons A.L.V.F. Le compte-rendu hebdomadaire du 19 avril sur l’activité des artilleries en présence dans le secteur de la 7ème armée allemande a pris des airs de communiqué victorieux. "Visiblement sous l’effet de notre artillerie à grande puissance l’activité des canons ennemis sur voie ferrée a nettement diminué". Nous venons de voir le pourquoi.

Moins d’une semaine après sa prise de commandement, Bancilhon fit sentir le changement aux acteurs en place depuis près d’un mois. La mission était de procéder à un réglage par avion sur la Ferme But afin de transporter le tir sur l’objectif 15. "21 avril. Il est procédé à un essai de réglage de toutes les batteries du Groupement sur une ferme voisine de l’objectif et constituant un but auxiliaire. La batterie tire trois obus. Aucun point de chute n’est vu par l’avion. Il en est de même pour les autres batteries du groupement. Le capitaine [Donon] se rend à 21 heures avec le commandant du groupe [Buat] au PC du commandant Laurent. Ce dernier, sur l’ordre du lieutenant-colonel Bancilhon, réunit tous les commandants de batterie et les observateurs de l’escadrille 213 pour rechercher les causes de l’insuccès complet de l’essai de réglage effectué dans la journée. L’avis unanime est que le réglage n’a pas réussi parce que les conditions atmosphériques étaient telles qu’il ne pouvait pas réussir". Il n’est pas fait allusion ailleurs à une telle réunion depuis le début de la contrebatterie. Laurent en profita pour féliciter le personnel, sans doute pour remotiver son monde après tant d’insuccès. Un autre facteur négatif, l’usure des tubes de 305 mm, jouait contre l’efficacité des tirs français. "24 avril. Visite du capitaine Morin, inspecteur du matériel. Le passage à l’étoile de la deuxième pièce révèle une usure de 54 dixièmes à l’arrière de la partie cylindrique. Cette pièce est reconnue inapte à un tir sur objectif de dimensions restreintes". Les tubes de la 20ème batterie étaient en fin de vie, ceux de la 19ème batterie pouvaient encore tirer. Jusqu’à fin avril les canons de 305 ne furent plus utilisés.

En conformité avec les prescriptions du G.Q.G. du 16 avril, c’est la batterie de 145 qui fut chargée de "neutraliser" le ou les super-canons allemands. A chaque obus tombant sur Paris ou sa banlieue, se produisait un arrosage systématique des objectifs bêta (position XV) et gamma (position XXIII) de Crépy. Un compte-rendu était adressé quotidiennement à Clemenceau par le Gouvernement militaire de Paris. Le plus souvent les tirs, de 70 à 120 obus par impact dans la capitale, étaient effectués sans observation. Plusieurs batteries protégeaient les 145 qui restaient à la merci de coups heureux par l’artillerie de campagne adverse. "Le tir du 28 avril sur la batterie de 145 a mis hors de service deux canons. L’un d’eux a été remplacé, l’autre le sera dans la nuit du 29 au 30 avril". La batterie continua à tirer jusque mi-mai 1918.

3 mai. L’avion de Massimi embarqua le sergent Sillan. La visibilité était bonne. "L’observateur dispose de la réception à bord, ce qui lui permet de correspondre par TSF avec le groupe d’artillerie sans être obligé de lire les panneaux de signalisation. Un temps précieux sera ainsi gagné dans le réglage du tir qu’il va déclencher". L’objectif visé était bêta (position XV) indiqué par les S.R.S. Les premiers tirs des 19ème et 20ème batteries vers 10 heures du matin furent trop à gauche de 500 mètres et trop courts d’autant. Grâce à l’avion, les corrections purent s’opérer rapidement. Il fallut encore plusieurs salves pour accrocher la bonne portée. Sur les 31 obus tirés par les deux batteries, seuls 9 furent observés. En début d’après midi le groupe Buat reçut à Vailly la visite des députés Leboucq et Couesnon venus assister à la destruction des canons allemands. Ils ne virent que brièvement les canons français en action. Avant de rentrer, Massimi put observer un coup près du but, provenant probablement de la batterie Gauthier-Villars, qui avait tiré 43 obus ce jour là. Les 4, 8 et 15 mai les batteries tirèrent à nouveau, cette fois sur l’objectif gamma (position XXIII) avec une observation infructueuse. Le dernier canon allemand en position était resté muet depuis le 1er mai. Les pièces lourdes françaises d’A.L.V.F. avaient expédié moins de mille obus, les canons de calibre 145 mm un nombre équivalent, sans parvenir à détruire un seul tube allemand. Bien que connaissant la durée de vie très limitée des super-canons, les artilleurs français ne visèrent pas les installations ferroviaires autres que celles de Laon, permettant aux Allemands de procéder aux changements de tube à Crépy sans beaucoup de gêne.

 

Remerciements à :

- Général Jacques Guély pour la mise à disposition des photos de sa collection.
- Général Pierre André Moreau pour la communication des photos déposées au Musée du Patrimoine de l'Armement de Bourges.
- M. Thierry Eyret pour son étude sur les canons allemands qui tiraient sur Paris.

Bibliographie :

- Revue Le pays de France datée du 20 mars 1919.
- Site Internet "Mémoires des hommes" du Ministère de la Défense - Voir le lien
- Les Armées françaises dans la Grande Guerre publié à partir de 1922 par le Ministère de la Guerre - Voir le lien
- The French Air Service War Chronology 1914-1918 par Frank W.Bailey et Christophe Cony publié par les éditions Grub Street en 2001.
- Site Internet " Pages 14-18 " de Joël Huret - Voir le lien

 

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