Insignes peints sur
les fuselages
Pas d'insigne peint pour cette unité.
Insignes métalliques
Pas d'insigne métallique connu pour cette unité.
Unités détentrices des traditions
de l'escadrille BLC 5
Les traditions de cette unité n'ont pas été reprises depuis sa dissolution, le 25 août 1915.
Historique
Création de l'escadrille BLC 5 :
L'escadrille BLC 5 a été créée par le 2ème groupe d'aviation de Reims, le 15 juin 1914. Elle est placée sous le commandement du Ltt Robert Massenet Royer de Marancour. Les autres officiers pilotes sont les Ltt Jean Mortureux et Slt Marcel Feierstein, tous issus de la cavalerie. Cette unité, rattachée à la 5ème division de cavalerie, stationne sur le terrain de Reims à partir du 15 juin 1914.
En plus de trois officiers pilotes, la BLC 5 avait une vingtaine de mécaniciens, chauffeurs et administratifs. Elle était dotée de quatre avions Blériot XI monoplaces à moteur rotatif Gnôme de 60 HP. La dotation en moyens terrestres se composait de 4 tracteurs d'aviation (camions), 4 remorques Godel destinées à transporter les Blériot démontés et un camion de ravitaillement pour les pièces de rechange.
Ces Blériot XI de cavalerie avaient la particularité d'être démontables en 20 mm. Dès que c'était fait, le fuselage et les ailes étaient chargés dans les remorques et l'escadrille pouvait suivre très rapidement les mouvements du QG de la division.
La guerre avec la 5ème division de cavalerie :
Le 31 juillet 1914, la 5ème division de cavalerie, commandée par le Général Bridoux, reçoit l'ordre de faire mouvement sur l'Argonne. Ses premières troupes, l'EM de la division et la 3ème brigade de Dragons quitte Reims à partir de 21h30. Après un repos de 3 heures à Rethel, l'EM s'installe à Poix-Terron, le 1er août à 9h00. Les Dragons suivent et arrivent à partir de midi. A 15 heures parait le télégramme ordonnant la mobilisation générale. L'escadrille BLC 5 s'installe à proximité du QG de la division, à Poix-Terron.
Le Cne de Marancour écrit à ses parents depuis Poix-Terron : "J'ai rejoint sans problème par la voie des airs, venant de Reims, Poix-Terron où j'ai retrouvé ma voiture. Je suis installé au milieu des bois dans un très beau château, avec mes deux officiers. Les trains militaires passent avec une régularité d'horloge. Toutes les routes sont barricadées, on ne laisse pas passer un civil sans l'inspecter."
Le 4 août, la 5ème DC est au complet avec la 3ème brigade de Dragons (16ème et 22ème Dragons), 7ème brigade de Dragons (9ème et 29ème Dragons), 3ème brigade de cavalerie légère (5ème et 16ème Chasseurs), l'artillerie de la 5ème DC (61ème régiment d'artillerie), le groupe cycliste (29ème bataillon de Chasseurs) et l'escadrille BLC 5 dotée de 4 avions.
Le même jour, un corps de cavalerie est créé et placé sous le commandement du Général Sordet. Il prend le nom de cet officier général et rassemble les 1ère DC, 3ème DC et 5ème DC.
Escadrille du corps de cavalerie Sordet :
Très vite, le général Sordet constate qu'il n'a pas d'escadrille à sa disposition, alors que la 5ème DC, qui est sous ses ordres, en possède une. Un ordre, et l'escadrille BLC 5 devient "escadrille du corps de cavalerie Sordet".
Le 5, l'escadrille déménage et installe ses avions sur le terrain de Douzy, près de Sedan. Elle est maintenant à 30 km du QG du corps de cavalerie implanté à Mézières. Les Allemands étant rentrés en Belgique, le CC Sordet reçoit l'ordre de faire mouvement et d'aller au contact.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Douzy, le 4 août : "L'escadrille s'est installée plus au Nord , à Douzy, au confluent de la Meuse et de la Chiers. Je crois que leur concentration est à peine commencée et qu'il ne se passera rien d'ici quelques jours. Si nous entrons en Belgique, j'espère que nous pousserons immédiatement jusqu'au contact des avant-postes allemands. Nos chefs ne sont pas trop mauvais, et quelques-uns même montrent un caractère qu'on ne leur aurait pas cru. Le Général Sordet est un homme calme; il est très bien entouré. Nous sommes trop loin de l'ennemi pour que nos appareils légers puissent entreprendre quelque chose; je me réserve pour plus tard. J'ai fait blinder mon appareil pour ne pas recevoir de balles dans le derrière."
Le 6 août, la BLC 5 s'installe à Bertrix où les Français sont arrivés sans combattre. Poussant plus avant, avec des marches de 40 à 50 km par jour, le CC Sordet arrive à Rochefort. Cherchant toujours l'ennemi, il fait mouvement sur Ciney avec pour objectif Liège. En fin de soirée du 8, le général demande au Cne de Marancour une reconnaissance de la vallée de l'Ourthe jusqu'à Liège pour voir si les troupes allemandes ont franchi cette rivière. Tous les ponts reconnus sont vides mais l'officier aviateur voit que Liège est sous le feu de l'artillerie allemande et que des colonnes passent la Meuse en direction de Bruxelles. Le CC Sordet atteint les faubourgs de Liège dans la nuit du 8 au 9 août et replie ses divisions montées derrière la Lesse.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Chanly, dans les Ardennes Belges, le 8 août : "Ce qui se passe est fantastique. Nous marchons plus vite que les armées de Napoléon, ce soir nous serons devant Liège, ayant franchi depuis notre départ de Rethel, 180 km en quatre jours. Un régiment d'infanterie nous suit dans des autobus parisiens. Il faut un culot formidale pour avoir fait ce raid. Les Prussiens ne se doutent pas qu'ils ont 18 régiment de cavalerie sur leur flanc. Qu'est qu'ils vont prendre ce soir; hier, on a fait cinq prisonniers dont 2 officiers; ils étaient stupéfaits de nous voir là. Jamais, je n'oublierai l'accueil que nous ont fait les Belges. Nous en avions les larmes aux yeux. On sait que l'on sera vainqueur. Je suis heureux d'avoir assez vécu pour voir une chose pareille; nous ne comprenons rien à ce que veulent les Prussiens; ils fuient devant nous alors qu'ils auraient pu nous arrêter dans les défilés effrayants que nous venons de traverser. Le Général Sordet dirige très bien son Corps. Le mauvais temps m'empêche de voler; de plus, le terrain est très accidenté : je me rattraperai dans la plaine d'Aix-la-Chapelle."
La BLC 5 s'installe à Rochefort, le 10 août. Ses pilotes réalisent plusieurs missions sans résultats marquants.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis l'hôtel du Centre à Rochefort, dans la province de Namur, le 10 août : "Nous continuons sans résistance. Avant le raid sur Liège, le général Sordet m'a demandé d'effectuer une reconnaissance sur les vallées de l'Ourthe et de l'Amblève : je cours après mes hommes, je fais monter mon aéroplane et à cinq heures, je m'envole un peu ému de faire ma première reconnaissance au-dessus de l'ennemi. Je suis rentré en passant au-dessus des divisions que j'apercevais nettement en marche; j'ai envoyé mon renseignement et j'ai appris que l'avant-garde était arrivée aux portes de Liège, que les Prussiens s'étaient enfuis au Nord de l'Ourthe. On a pensé que les Belges étaient maintenant largement suffisants pour la défense de la place. On laisse un peu souffler la cavalerie qui a fait 200 km en quatre jours. Je crains beaucoup les Français qui ne savent distinguer un aéroplane français d'un allemand. Je dépends désormais directement du général Sordet."
Mortureux et Feierstein cassent leurs Blériot et ne volent plus. Arrivant à Dinant, le CC Sordet passe sur la rive gauche de la Meuse. La BLC 5 déménage pour Florenville qu'elle atteint le 14 août au soir.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Pondrome, dans la province de Liège, le 12 août : "Je viens de faire ma 2ème reconnaissance sur Neufchâteau et Recogne (Sud du Luxembourg belge); les Prussiens avaient disparus; je n'ai pas reçu une balle, mais mon camarade Montureux, qui a été hier de Rochefort à Bastogne, a eu son appareil criblé à 1200 m de haut. La chasse aux prussiens continue; j'ai vu un lieutenant de Uhlans, von Brandenstein; il s'est bien battu : il a tué deux hommes avant d'être pris. Nous avons vu deux appareils allemands, un Taube et un Aviatik. Nous attendons avec impatience l'offensive."
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Pondrome, le 13 août : "Le raid sur Liège était du culot car les convois étaient loin en arrière sur la Lesse. Nous avons complétement bluffé les Prussiens qui ont cru avoir sur les bras une armée formidable et ont évacué précipitamment Liège. Le soir, nous campions au Sud de la ville, c'est ce jour là que j'ai fait une reconnaissance pour garantir le flanc droit du corps de cavalerie pendant sa marche, mais ces 210 km en quatre jours avaient éreintés le Corps, nous avions des quantités de chevaux morts et plus de vivres. Le Corps de Cavalerie est donc parti vers le Sud pour cantonner le 11 au soir dans la région de Messin prêt à tomber sur les Prussiens. Le lendemain, je volais sur Neufchâteau voyant seulement des escadrons ennemis marchant vers le Nord. Les têtes de colonnes de la Vème arméepassent la Meuse demain. Nous dégageons le front et allons maintenant couvrir le flanc gauche.
Rattachement à la Vème armée :
Le 15 août, le CC Sordet passe sous les ordres du Général Lanrezac, commandant la Vème armée. Auparavent, il dépendait directement du GQG. Le 16, nouveau déménagement pour un terrain près de St-Gérard.
Le 17, franchissement de la Sambre et installation de l'escadrille à Genappe. le lendemain, le CC subit le feu de tranchées occupées dans les environs de Perwez et doit reculer en subissant des pertes sur Gembloux. Le 19, le Cne de Marancour décolle en direction de Perwez et repère un corps de cavalerie allemande avec de l'artillerie hippomobile, faisant mouvement en formation serrée à travers champs dans les environs d'Orbais. Aussitôt, il atterrit à côté du PC du général qui envoie immédiatement ses escadrons au contact. Malheureusement, les escadrons montés ennemis se replient toujours derrière une ligne de feu que les cavaliers français ne peuvent forcer.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Gemeppe-sur-Sambre, sur la Sambre à l'Ouest de Namur, le 17 août : "La randonnée du corps de cavalerie se poursuit. Les cantonnements furent levés brusquement à 4h du soir et tout le corps se porta sur la Lesse pour prendre en flanc l'attaque. Quant au combat de Dinan, il fut jusqu'à midi à l'avantage des Allemands qui écrasèrent facilement deux compagnies du 148ème mais ne purent franchir le pont défendu par une mitrailleuse dans une maison.. A midi arrive l'infanterie du 1er corps d'Armée et l'artillerie française écrasait facilement la Prussienne. les Boches battirent en retraite. Nous avons quitté le Luxembourg pour le Hainaut. Il fallait dégager la ligne de marche de la Vème armée et couvrir sa gauche.
De nombreuses troupes de cavalerie ennemies étaient signalées autour de Namur et il importait de les bousculer. Le 16, nous continuons notre marche vers le Nord et couchons à Saint-Gérard. Le matin, nous étions sur le champ de bataille de Ligny.
Je suis bien content de pouvoir voler sans risquer de me casser la figure à chaque atterrissage. Les Prussiens se sont enfuis, le Corps de Cavalerie fait le vide devant lui. Toute la journée d'aujourd'hui on a entendu tonner le canon de Namur. Cela n'a pas d'importance , car nous savons tous que la place est imprenable par des moyens de campagne. On prétend que les Prussiens battent en retraite par l'Alsace. Qu'y a t'il de vrai ? Je vais tâcher de m'en assurer demain avec mon aéroplane. Le général Sordet est toujours très bien , calme et énergique, mais les divisionnaires Bridoux et Buisson sont tout à fait en dessous de leur tâche; il n'y a qu'un de bon, de Latour. Nous attendons avec impatience le moment de franchir la frontière Prussienne pour reprendre nos pendules."
Des combats en retraite :
Dans la soirée du 19, le CC se replie sur Gemeppe-sur-Sambre où il trouve les avant-gardes du 3ème CA français du général Sauret. Le 20, le CC Sordet est envoyé dans la région de Charleroi pour boucher le trou entre l'armée française et le corps expéditionnaire britannique de Maubeuge. Bruxelles tombe aux mains des Allemands. Le CC Sordet est relevé par l'infanterie et se replie sur Merbes-le-Château.
Le Cne de Marancourt écrit une longue lettre à ses parents depuis Maubeuge, le 23 août. En voici les extraits les plus significatifs : "Voilà 23 jours que nous sommes partis et nous n'avons pas encore eu un jour de repos. Les Allemands ont l'air d'avoir complétement terminé leur déploiement. Enfin, je puis dire que j'ai été au feu et cela ne m'a pas fait grande impression. Voici comment : C'était le 17 au soir. Nous cherchions la liaison avec l'armée belge installée sur le front Tirlemont-Louvain. on signalait de nombreux Prussiens dans la région d'Hannut (10 km de Tirlemont). Un de mes pilotes part le matin en reconnaissance et je le suis en auto. Tout le corps de cavalerie s'ébranle, se portant sur Perwez (20 km au Sud de Louvain)
Moi, je marchais avec l'avant-garde des cyclistes, un cavalier à côté de moi dans mon auto. Un petit village, Aische, et nous voyons quelques cavaliers allemands fuir devant nous. Des coups de feu éclatent et nous voyons tous les cavaliers françaispartir au galop sur les Prussiens; les cyclistes et moi ne voulant pas rester en arrière suivons à toute allure; la chasse a duré 15 km. Les Prussiens étaient en pleine débandade; dans les villages que nous traversions, ce n'étaient que selles, caissons et chevaux abandonnés. Nous voyons nos obus éclater tout près de nous. Au bout de 15 km, nous nous sommes heurtés à des tranchées d'infanterie : c'est toujours ainsi avec les Allemands, jamais leurs cavaliers ne veulent se battre; ils se sauvent toujours derrière leur infanterie.
Donc, en arrivant à un village, nous avons commencé à entendre les balles siffler fort autour de nous. Par bonheur, nous qui premions les Allemands par derrière, nous avons trouvé un de leur tranchée abandonnée. les cyclistes s'y sont jetés et moi, garant mon auto derrière une ferme, je les ai rejoints. Je voulais absolument démolir un Prussien. Nous avons commencé à risposter ferme, mais les Prussiens étaient plus nombreux et presque immédiatement un homme s'est affaissé à côté de moi avec une balle dans le front; véritablement les balles sifflaient autour de nous avec une musique continuelle. Nous étions plus à plat ventre dans la tranchée et bien peu se soulevaient pour tirer. malgré cela, je m'aperçevais bien que les Prussiens n'avançaient pas. Au bout d'une heure, , nous avons appris que le corps de cavalerie se heurtait à une infanterie considérable et se retirait. Il nous a fallu battre en retraite et cela n'a pas été commode à quatre pattes sous les balles. Enfin, je m'en suis tiré sain et sauf avec mon auto. je trouve qu'il faut plus de courage pour rester ainsi passif des heures dans une tranchée que pour faire des reconnaissances en aéroplane. Le soir après une longue retraite, nous avons cantonné dans la région de Gembloux.
Le lendemain matin, je pars cette fois en aéroplane et je découvre derrière un bois toute une division de cavalerie allemande. J'atterris au pied du Général Sordet, je le renseigne et aussitôt le Corps de Cavalerie se relance à l'attaque. Comme toujours, au début la cavalerie allemande s'enfuit et à midi, nous nous tapions encore dans l'infanterie qui avait profité de la nuit pour progresser. Le Soir, il a encore fallu battre en retraite et nous avons quitté Gembloux sous les obus pour aller cantonner à Jemmapes. Nous retrouvions l'infanterie du 3ème Corps d'Armée sur la Sambre; il n'était que temps; c'était le 19 au soir. Il y avait près de 3 semaines que nous tenions la campagne et tout le monde réclamait à grands cris une journée de repos.
Mes aéroplanes que je n'avais jamais eu le temps de nettoyer n'en pouvaient plus. Sur ces entrefaites, nous apprenions la chute de Liège et la poussée allemande sur Bruxelles. L'Etat-major général français a semblé surpris et au lieu de repos, on nous accorde de boucher le trou entre l'armée française installée vers Namur et Charleroi et l'armée anglaise de Maubeuge.
D'où le 20, nouvelle marche et coucher dans la région de Fontaine-l'Evêque, à l'Ouest de Charleroi. Le lendemain matin 21, nous étions à peine installé que nos avant-postes sont attaqués sur la Sambre par l'infanterie prussienne. On apprenait la chute de Bruxelles. Le soir, nous ne pouvions plus tenir à Fontaine-l'Evêque. Dans la nuit du 21 au 22, nous fûmes relevés par une brigade du 3ème corps d'Armée et après une retraite pénible dans l'obscurité, nous arrivions à Merbes-le-Château, à 3km de la frontière.
Cette fois, tous les renseignements concordaient et le plan des Prussiens s'annonçait clairement : il est d'une audace folle, mais il est certain qu'à l'heure actuelle, il a complètement surpris l'Etat-major français. En effet, notre armée, sur l'idée préconçue que les Prussiens arriveraient par le Luxembourg, a fait son déploiement à Faux dans la région de Mézières. la preuve en est dans la hâte avec laquelleles Coprs de sIVème et Vème armées ont été rappelés vers le Nord. En somme, les Prussiens, nous trompant sur tout le front par des attaques très hardies, se sont concentrés au Nord de Liège et Bruxelles et maintenant, se portent avec le 10ème corps d'armée sur Lille et Amiens. C'est notre gauche complétement débordée. C'est d'un culot fantastique car leur ligne de communication court les plus gros dangers et peuvent être tournés. Ils ont formidablement fortifiés la Meuse et l'Ourthe. ce sont des obstacles que nous ne franchirons pas en un jour. Le résultat de tout cela est que le Corps de Cavalerie bat encore en retraite. J'ai couché cette nuit dans une grange avec tous mes hommes.
Aujourd'hui 23, je me suis réfugié à Maubeuge pour me réparer. le 24 août à 10 h : le canon a tonné toute la nuit et pas loin; cela continue ce matin. En arrivant hier à Maubeuge, j'ai trouvé installé sur l'aérodrome toute l'aviation anglaise. Il y a là une cinquantaine de pilotes et autant d'appareils; ils sont admirablement montés et cela a été une surprise pour nous de constater qu'ils nous sont certainement supérieurs. Ils ont des avions blindés et armés et donnent la chasse aux Allemands; nous n'avons rien de pareil. Nous allons partir de Maubeuge pour aller vers Lille couvrir la gauche des Anglais. Les Prussiens arrivent terriblement vite. Pourvu que les IIIème et IVème armées arrivent à temps. ce qui se passe au niveau statégique est extraordinaire. Quelle audace chez les Prussiens. la situation est telle qu'elle ne peut être que défensive."
Le 23 août, la BLC 5 s'installe sur le terrain de Maubeuge, déjà occupé par l'aviation britannique. De Marancour en profite pour compléter ses effectifs et réparer ses avions. Le 25 août, le CC Sordet quitte Maubeuge et passe derrière les Britanniques pour couvrir son flanc gauche. La BLC 5 s'installe à Walincourt.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Walincourt, le 25 août : "J'étais hier un peu découragé en voyant les Anglais déménager en toute hâte leur parc d'aviation. Aujourd'hui, la situation semble meilleure. Les Anglais ont tenu ferme entre le Cateau et Cambrai et semblent résister. En ce qui nous concerne, nous avons faiit aujourd'hui une grande marche derrière les Anglais pour passer à leur gauche. ce soir, nous nous retrouverons en première ligne; pour changer ! Nous n'avons pas eu un jour de repos depuis notre entrée en Belgique, le 4 août. pas un Corps n'a trimé comme nous. Après avoir couché dans la paille, je suis aujourd'hui dans un beau château."
Dès le lendemain, les Allemands entrent dans Cambrai et repoussent français et britanniques. La cavalerie française se replie. Le 27, les avant-gardes allemandes surprennent le CC Sordet qui se rassemblait dans la région de Villers-Faucon. Cette arrivée intempestive provoque un mouvement de repli sur Péronne. Malheureusement, les cavaliers, après avoir franchi la Somme pour bivouaquer près d'Estrées-en-Chaussée, n'ont pas gardé les ponts, qui sont pris en fin de journée par les Allemands.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Villers-Faucon, le 27 août : "Nous reculons toujours avec l'armée anglaise, lentement il est vrai mais sûrement. Joffre était hier à St-Quentin où il a conféré avec le général French. Ils doivent se rendre compte que leurs affaires ne sont pas très brillantes. L'offensive générale a échoué partout. Tous nos chefs manquent de mordant. Ils ont peur de s'engager, de perdre des hommes. Je vous avoue que les Prussiens n'hésitent pas à faire tuer du monde. Hier, nous étions à la gauche de l'armée anglaise dont nous entendions le canon. Nous savions que l'ennemi entrait dans Cambrai. Néanmoins, le général Sordet ne s'est décidé à avancer qu'à 2 heures du soir. L'occasion était très favorable. Les Prussiens trop confiants dans leur succès avaient leur flanc droit dégarni. Nous passons l'Escaut à Marnières (59). Je suivais le général Sordet. dans le lointain, les groupes prussiens. On met en batterie et les Prussiens se sauvent. Nous croisons nos feux avec l'armée anglaise. les cyclistes s'avancent très énergiquement, attaquent un village, y pénétrent. A ce moment, une seule batterie prussienne tire 10 obus sur nous et aussitôt, le général Sordet ordonne la retraite. J'étais navré.
De grosses fautes tactiques ont été commises; on avait tout le Corps de Cavalerie dans un carré de 2 kilomètres; si l'artillerie ennemie nous avait découvert, quel massacre ! Toutes les batteries étaient les unes à côté des autres ayant toutes la même perspective quand elles auraient dû se diluer. J'ai parcouru le terrain assez loin sur les côtés; il y avait des points épatants d'où on découvrait les Prussiens dans les angles morts. Personne n'a voulu y aller. Les artilleurs m'ont donné l'impression de ne songer qu'à faire des cartons sans soutenir leur infanterie. ce n'est pas comme cela que l'on vaincra. Naturellement, nous avons fait une longue retraite dans la nuit quand nous aurions dû rester au contact, ce qui était facile puisque l'ennemi ne nous poursuivait pas.
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Historique (suite)
Je ne sais pas ce qu'ont nos chefs, mais on croirait qu'ils font exprès de faire tout ce qu'ils ont tant interdit en temps de paix. Ce n'est pas la peine d'avoir pioché tant de belles choses à l'Ecole de Guerre pour faire exactement le contraire. Enfin !"
Le 28, le CC Sordet repasse sur la rive droite de la Somme pour assister les Britanniques menacés sur leur gauche. Les corps de cavalerie s'évitent. Le Cne de Marancour décolle sur sa propre initiative et repère en basse altitude des colonnes ennemies qui font mouvement vers Pont-de-Brie. Il atterit à proximité des batteries d'artillerie hippomobiles et ordonne à celles-ci de bombarder les Allemands en tir indirect (tir courbe par dessus un relief sans vision du but). En fin de journée, repli dans la région de Roye.
Au matin du 28, le Cne de Marancour décolle de Parvillers, où s'est installé le PC du Corps de Cavalerie Corbet. Il découvre une division en déplacement vers Chaulnes et une autre vers Rosières-en-Santerre. L'artillerie montée pylône les zones de débouchés sur Rosières et bloque l'avancée de l'ennemi. Le CC Sordet reçoit l'ordre, par la VIème armée, de se replier sur Ailly-sur-Noyé.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Ailly-sur-Noye, le 29 août : "Nous venons de passer plusieurs journées très dures. Nous tenons tête à tout un corps d'armée allemand et nos chevaux n'en peuvent plus. Le 26 au matin, comme il faisait mauvais, je suis le général Sordet en auto. Le Corps de Cavalerie se rassemble à l'Ouest de l'Escaut, au Sud de Cambrai. On reste longtemps à attendre. Le général Sordet était très indécis. A grand peine, on finit par le décider à attaquer en le persuadant que nous allons tomber sur le flanc des Allemands qui ne s'y attendent pas. On passe l'Escaut sous la pluie. On arrive devant un village d'où partent des coups de fusils. les cyclistes se lancent à l'attaque très courageusement. Malheureusement, notre artillerie ne les soutient pas. On dirait que les artilleurs ont peur de s'approcher. Leur tactique est déplorable. Les chefs de groupe conservent leurs batteries en rang d'oignon comme au camp de Chalons et s'amusent à faire des cartons sur les groupes ennemis qu'ils aperçoivent. Impossible de faire comprendre au chef de groupe qu'il doit espacer ses batteries de manière que l'ensemble du terrain qui s'étend devant lui soit battu.
Quant à la cavalerie, comme personne ne consent à faire du combat à pied, elle se rassemble en immense masse, généralement en arrière des batteries. On met pied à terre, on piétonne comme aux manoeuvres. Résultat : trois minutes après, les obus allemands pleuvaient autour de nous. Je m'attendais à ce que nos batteries ripostent. Pas du tout, elle aménent leurs avant-trains. Il a fallu l'intervention énergique d'un officier d'état-major pour obliger deux batteries à rester sur place afin de permettre aux cyclistes de se dégager. N'empêche qu'ils ont eu de grosses pertes. Heureusement, vers la fin de la journée, les Prussiens ont négligé de se couvrir en sortant de Cambrai; ce qui a permis aux batteries d'arrière-garde de taper dans le tas. Après cela, retraite à la nuit noire sur Villers-Faucon. La journée avait été dure pour les chevaux.
Le lendemain matin 27, on se rassemble comme toujours en gros paquet à l'Ouest de Villers-Faucon; les cavaliers se promènent sur toutes les crêtes, l'artillerie au repos, pas de batterie en surveillance pour ouvrir le rassemblement. Comme il pleuvait, j'étais parti en auto avec les cyclistes qui sont les seuls types qui se battent vraiment bien : nous nous installons dans un village en avant et, brusquement nous voyons les Prussiens déboucher de la route de Cambrai; la fusillade s'engage et de suite, canonnade allemande, car les Prussiens ont toujours de l'artillerie avec leur avant-garde; naturellement aux premiers obus, surprise et fuite générale du Corps de Cavalerie. c'est bien fait. Impossible de trouver Sordet qui s'était réfugié dans une ferme à cause de la pluie. Comme aucune ligne de retraite n'avait été donnée, les divisions se sont repliées dans des directions diverses. Je suis parti du village le dernier avec les cyclistes. Une belle crête s'offrait à 1500 mètres. Nous nous y installons en pensant que les Prussiens vont sortir et qu'on va les recevoir. Mais malheureusement sur une 2ème crête en arrière, voilà un 1/2 régiment de hussards affolés qui arrive, met pied à terre et commence à tirer sur nous. Nous crions, agitons nos mouchoirs, ils finissent par s'arrêter. Mais les Prussiens les avaient vus et aussitôt les obus commencent à pleuvoir. Nous sommes obligés de décamper.
On s'obstine à faire la guerre comme aux grandes manoeuvres. Des Prussiens au contraire, on ne voit jamais rien. Ils se cachent à merveille et ne combattent jamais au hasard dans les champs. Ce n'est pas qu'ils soient très courageux, dès qu'on résiste un peu, ils s'arrêtent; ils sont prudents et persévérants.
A midi, étant resté tout seul sur le champ de bataille, les Prussiens ne venant pas et les Français étant partis, je me suis replié sur Péronne. Les divisions de cavalerie avaient fini par se replier au Nord de la Somme. A la tombée de la nuit, on passe au Sud de la Somme. On traversait le pont quand Sordet s'arrête et dit "Qu'est-ce que c'est que cette canonnade et fusillade qui persiste vers Bapaume ?" On va aux renseignements et on apprend que ce sont les réservistes et territoriaux du général d'Amade; personne n'en savait rien. Sordet s'est contenté de dire : "C'est dommage, on aurait pu les appuyer."
Le soir, on cantonne dans la zone d'Estrées-en-Chaussée puis on s'avise qu'il y aurait peut-être lieu de faire garder les ponts de la Somme. On renvoie des escadrons qui sont accueillis à coups de fusils. Les Prussiens, sur la tombée de la nuit, trouvant les ponts inoccupés, s'y étaient installés. Sordet a dit : "C'est dommage, il faudra tâcher de les empêcher de déboucher demain." Il comptait sur la victoire des réservistes de l'Amade et sur l'arrivée de trois bataillons de chasseurs de réserve du colonel Serret.
Dans la nuit d'ailleurs, on reçoit un pressant appel des Anglais pour secourir leur gauche. En conséquense, le 28 au matin, tout le Corps de Cavalerie se porte sur la rive gauche de la Somme, au Sud de Péronne, direction Vermand (02). Inquiet sur l'histoire de la veille au pont de Cléry (80), je prends l'initiative de transporter mon terrain d'atterrissage à Nesles. Le temps se lève, je monte mon appareil, je pars et découvre dans la région de Bouvincourt (80) toute une division ennemie venant de Roisel. Ils m'ont fusillé tant qu'ils ont pu mais en vain. J'ai simplement trouvé deux balles dans mes ailes. Je reviens vers le Corps de Cavalerie; je le trouve à quelques kilomètres de là, au repos, rassemblé comme aux manoeuvres, sans aucune batterie en surveillance. Je préviens les artilleurs du beau tir que s'offre à eux. Ils n'ont marqué aucun enthousisasme. Je leur montrais sur la carte l'endroit précis où se massait l'ennemi, ils me répondaient : "Je ne vois pas bien.", l'autre "Je n'ai pas de goniomètre." En somme, des chefs qui n'en voulaient pas. Il a fallu l'intervention du chef d'état-major de Sordet pour les obliger à se mettre en batterie. j'ai même poussé la complaisancejusqu'à m'envoler à nouveau et faire des ronds au-dessus de l'ennemi pour leur faciliter la besogne. Ils ont d'ailleurs tirés très mollement. C'est à dégouter de travailler pour les Français.
Ce soir, j'ai encore volé au-dessus de Péronne et j'ai assisté à un spectacle triste. Les Prussiens, dont la faible canonnade avait néanmoins fait reculer, avaient filé vers le Nordet nous tournaient pour prendre le pont de Brie (80). les cavaliers français filaient. Ils parviennent à traverser le pont. Jusque là tout allait bien. Je m'attendais à voir notre artillerie prendre position sur la rive gauche de la Somme qui est si difficile à passer et à arrêter les Prussiens. pas du tout, retraite générale vers le Sud. Pendant ce temps, du côté du pont de Cléry, j'aperçois des obus et vois les Prussiens déboucher en force sur Estrées. Les bataillons alpins de réserve qui se gardainet mal devant Péronne, surpris par les obus, s'enfuient et lorsque je descend à Estrées où le général m'avait donné rendez-vous, je me trouve seul avec mes hommes et les obus."
Le 30, de Marancour surprend une division ennemie qui sort de Rosières-sur-Moreuil. L'artillerie du CC est déployée devant Moreuil pour bloquer les passages sur l'Avre. Ce n'est qu'en fin de journée que le CC se replie sur Froissy.
Le Cne de Marancourt écrit à ses parents depuis Froissy, le 30 août : "Cette lettre a été interrompue par l'annonce de monter à cheval, mais je continue, c'était le 27 au soir à Estrées. Je me suis enfui par la voie des airs et sous les obus. Mes autos s'en sont tirées comme elles ont pu; enfin à la nuit tombante, j'avais rameuté tout mon monde à Roye. Cette nuit a été terrible pour le Corps de Cavalerie. Le général Sordet, convaincu que ses bataillons de réserve tiendraient la Somme, avait dit de reprendre les cantonnementsde la veille, au Sud de la rivière. Il escomptait aussi sur le succès du général d'Amade au Nord. Malheureusement, les réservistes et territoriaux engagés maladroitement après une marche de 35 km lachèrent pied au bout d'une heure et s'enfuirent les uns sur Amiens, les autres sur Arras. Donc, les divisions d'Amade avaient fui, les bataillons de chasseurs de réserve étaient en débandade, c'est dans cette situation que le Corps de Cavalerie est arrivé dans la nuit dans les cantonnements assignés après une journée fatigante, mais qui aurait été bonne sans la grosse faute de n'avoir pas défendu le pont de Brie. Naturellement, à l'entrée des cantonnements, le Corps de Cavalerie a reçu des coups de fusils par les Prussiens qui les occupaient. Il ya eu un peu d'étonnement, mais nous sommes maintenant des troupes aguerries. Chaque colonel a replié son régiment vers le Sud, a été cantonné n'importe où. Personne se savait ce qu'était devenu Sordet. Le 28 au matin, en me réveillant dan un viel hôtel de Roye, je vois la place encombrée de trains de combat, ceux de notre Corps de Cavalerie qui s'étaient réfugiés là à tout hasard.
Je descends sur la place et finis par découvrir un officier de l'état-major Sordet qui me dit que ce dernier s'est replié dans la nuit sur Parvilliers (80). Je saute dans une auto et je trouve à Parvilliers tout le monde occupé à constituer un détachement provisoire avec le nombre de chevaux pouvant marcher et destiné à couvrir la retraite sur la vallée de la Noye. J'ai trouvé cela tellement bizarre de démolir une unité à 10 km de l'ennmi que j'ai demandé au général d'aller voir du côté de Péronne ce que l'ennemi devenait. Je rentre à Roye prendre mon appareil et à 120 mm de haut, je découvre une division prussienne en marche sur Chaulnes, une autre sur Rosières-en-Santerre (02). Je descends à Parvilliers, je tombe sur Sordet et son état-major en train de déjeuner. Je les affole un peu, au même instant, on entend le canon du 7ème Corps et on finit par décider Sordet à installer une bonne partie de notre artillerie devant Rosières-en-Santerre avec ordre de tenir, ce que nous n'avions jamais fait. Je suis resté avec les artilleurs parce que cela m'intéressait.
On a aperçu bientôt des fantassins prussiens et leur artillerie a commencé à nous envoyer des projectiles. Au lieu de fiche le camp, on a répondu. Cela a duré deux heures. Nous étions environnés d'obus. Le résulta a été que l'artillerie ennemie s'est tue et que les fantassins ont filé. J'ai été ravi de cette démonstration qui a donné une confiance énorme à nos artilleurs. Malheureusement, aucune infanterie était là, nous n'avons pu poursuivre. D'ailleurs, ordre de la VIème armée de nous trouver le soir à Ailly-sur-Noye. Bien à regret, nous nous sommes repliés, les artilleurs par la route, et moi en l'air.
Je commence à avoir un joli total de vols et de reconnaissance quand on pense que mon appareil est toujours le même depuis Reims et que nous avons volé dans les montagnes. Donc, le 29, nous couchions à Ailly-surNoye. Vers 10h30, comme il faisait beau, je suis parti en l'air pour voir un peu ce que faisaient les Boches. Et voilà que j'aperçois toute une division ennemie sortant de Rozières-sur Moreuil (02). Je reviens vite trouver Sordet et lui crier gare. Profitant de l'expérience de la veille, on fait filer tranquillement sur Froissy (Oise), point indiqué par la VIème armée, les convois et les cavaliers et pendant ce temps, on installe devant la vallée de l'Avre à Moreuil (80), tout ce que nous possédons d'artillerie. On attend; à 4h, pas un Prussien. Curieux, je pars en avion et découvre tous les Prussiens (un corps d'armée) cachés dans les bois et dans les villages de la rive droite de l'Avre. Ils se méfiaient probablement. En tout cas, furieux sans doute d'être découverts, ils m'ont envoyé une de ces fusillades ! Ils m'ont même fait l'honneur du canon. Mais je me fiche d'eux. Depuis le temps que je vole, je n'ai qu'une balle dans mon aile gauche. Je suis revenu prévenir les nôtres. On a attendu patiemment. A 5 h comme toujours, ils se sont remis en marche. Mais à leur sortie des bois, qu'est ce qu'ils ont pris ! Ca les a arrêtés net. Ils ont déclenché alors sur nos trois pauvres batteries toute l'artillerie de leur division. Mais les notres ont tenu bon. malgré leur furieuse canonnade, les Prussiens à la nuit n'avaient pas avancé.
Si on s'était battu comme cela depui Liège, nous ne serions pas en ce moment à Beauvais. Voilà seulement que les nôtre comprennent que le temps des grandes chevauchées de cavalerie est fini, que les escadrons qui galopent sur les crêtes sont destinés a être fauchés. La victoire n'est plus au plus courageux, mais au plus habile, au plus patient, au plus tenance. La victoire est à celui qui reste le dernier sur le terrain, et malheureusement, la plupart des Français ne savent pas attendre. Dès que l'ennemi a l'air de résister quelque temps, ils se découragent et s'en vont. En tout cas, nous avons fait comme la veille et, bien que nous ayons arrêté l'ennemi, nous avons été obligé de nous conformer aux ordres et de nous replier sur Froissy. je suis rentré en appareil, je ne circule plus que comme cela.
Ce matin 31, on nous ai fait replier sur Noailles où je viens d'arriver toujours en appareil. Depuis leur échec de la veille, les Prussiens doivent être à 50 km de nous. Ils ne doivent rien comprendre à notre tactique. Moi non plus d'ailleurs; je déplore cet immense terrain perdu et ses barrières naturelles, si faciles à défendre et abandonnées sans combat. Que va t'on faire maintenant ? En somme, nos pertes sont faibles. Jamais nous n'avons été battus et si nous nous sommes repliés, c'est toujours par ordre. Notre cavalerie est beaucoup trop imprudente. Ses pertes vienent la plupart du temps de son insouciance du défilement, de sa répugnance à combattre à pied. Au contraire, la cavalerie prussienne, dès qu'elle nous aperçoit, se sauve dans un village ou un bois, met pied à terre et nous reçoit à coups de carabine. Vous n'obtiendrez jamais des nôtres de faire la même chose."
Le 31 août, nouveau repli sur Noailles. Le 2 septembre, la BLC 5 s'installe à Marines. Le 5, l'escadrille fait mouvement sur St-Cyr où elle peut enfin changer ses Blériot cassés et à bout de courses par des appareils neufs. Dès le lendemain, elle est envoyée sur Gonesse. Le 7, le Cne de Marancour suit le corps de cavalerie Sordet et atterrit au Plessis-Belleville. Après avoir redécollé, il tombe sur les colonnes de Von Kluck qui investissent la région autour de Mareuil-sur-Ourcq. Malheureusement, les réserves du CC sont incapables de forcer les défenses des bois de Betz et de tomber sur ces convois. Le soir, la BLC 5 s'installe à Nanteuil-le-Haudoin.
Le Général Sordet est relevé de son commandement :
Le 8 septembre, le Général Sordet est relevé de son commandement pour son manque d'énergie de la veille. Il est remplacé par le Général Eugène Bridoux. Ce jour-là, le Corps de Cavalerie se replie sur Ormoy-Villers. La BLC 5 installe ses tentes devant Nanteuil-le-Haudoin.
Le matin du 9, les premiers obus allemands tombent sur les cavaliers du CC qui sont en train de se rassembler dans la région d'Ormoy-Villers. Les pilotes de la BLC 5 sont envoyés en mission dans la région. Le Cne de Marancour est envoyé en reconnaissance pendant que le CC fait mouvement sur les hauteurs de Montepilley. Il repère une brigade ennemie qui fait mouvement de Verberie vers Senlis. Le pilote atterrit sur le plateau et rend compte à son chef qui envoie immédiatement des troupes au contact. En même temps, l'artillerie allemande s'acharne sur les convois du Corps dans la région de Nanteuil-le-Haudouin. Harcelé de toutes parts, le général Bridoux décide de faire passer ses troupes au Sud de la forêt de Senlis. Cela donne une marche forcée de nuit et en plein bois de tous les escadrons. Au petit jour, le CC se trouve dans la région d'Ermenonville. Le Cne de Marancour a décollé du plateau de Rozières à la tombée de la nuit pour atterrir près de Dammartin, à proximité des convois du CC. Sitôt posé, l'officier est assailli de demandes pour connaitre l'état de la situation. En effet, les convois du CC ont été attaqués par l'infanterie allemande qui est sortie des bois près de Nanteuil. Il a fallu un combat d'une heure pour que les troupes se dégagent. De Marancour fait son rapport à l'état-major de la VIème armée, implanté à Saint-Souplet. En revenant récupérer son Blériot de nuit, il trouve les tracteurs de son escadrille installés autour de l'appareil. Ils passent la nuit sur place.
Ltt Jean Mortureux reçoit une citation à l'ordre de l'armée pour sa mission du 9 septembre où il revient avec un avion criblé de balles après ses vols en basse altitude au-dessus des troupes ennemies en mouvement.
La retraite allemande :
Le 10 septembre, le Cne de Marancour apprends, à l'EM du CC à Ermenonville, qu'il n'y a plus d'Allemands. Plus personne n'y comprend rien. La BLC 5 fait mouvement sur Compans-la-Ville. Le 11, l'escadrille rejoint le CC à Senlis et Verberie, le 12. Après une journée de repos, la BLC 5 part en direction de Montdidier et campe le soir à Guerbigny. Le 14, le CC pousse sur Rosières-en-Santerre. Le lendemain, il rentre dans Péronne. Le 16, mouvement sur St-Quentin. La BLC 5 s'installe sur le terrain de Péronne. Le Cne de Marancour décolle et rejoint le général Bridoux , bloqué à Bellenglise. Sur son ordre, l'officier aviateur part sur St-Quentin où il découvre d'immenses convois allemands arrêtés le long de la Somme à Rouvroy, Gricourt et autour de la gare de St-Quentin, où les trains sont à l'arrêt. Il atterrit à Bellenglise et fait son rapport au général. Il est possible de s'emparer du village d'Hoïnon qui domine la vallée. L'artillerie pourra alors tirer à vue sur les convois et la gare. Malheureusement, une batterie d'artillerie allemande a devançé le mouvement des Français. Dès que les cavaliers français arrivent à proximité, ils sont accueillis par le feu de l'infanterie. Comme d'habitude, les cavaliers sont restés à cheval et n'ont pas fait le coup de feu comme l'infanterie. En fin de soirée, le Général Bridoux donne l'ordre du repli. Le Cne de Marancour décolle de Bellenglise pour Péronne.
Mort du Général Bridoux :
Le 17 septembre 1914, le général Eugène Bridoux décide de reprendre le mouvement sur St-Quentin qui a été avorté la veille. Malheureusement, il pleut à torrent sur la région. Le général, qui a délaissé son cheval, fait ses déplacement en auto. Son escorte tombe sur une patrouille ennemie dans les environs de Pœuilly (Somme) et le chef du corps de cavalerie est tué. Désormais sans chef, le CC reste sur Péronne.
Voici le témoignage du docteur de Bellevue : "Le temps était tellement bouché comme disent les marins, qu'on ne voyait guère qu'a 200 ou 300 mètres. Pour se rendre mieux compte des opérations, le général venait de sauter dans une auto, suivi de son état-major dans quelques autres, et le petit groupe s'avançait a la découverte quand éclate brusquement sur lui la fusillade nourrie d'un parti d'allemands postes à 50 mètres, à la corne d'un bois. Les voitures sont criblées, le général est atteint, deux officiers d'ordonnance sont tués net, deux chauffeurs foudroyés. L'escorte à cheval dégage rapidement les voitures en poursuivant l'ennemi qui s'enfuit. On transporte, au milieu des trombes d'eau, le général dans la masure la plus proche et on nous appelle en toute hâte. A notre arrivée, je constate que le général Bridoux a reçu une balle qui, sortie par la région deltoïdienne de l'épaule droite, a du traverser le poumon et trancher la partie postérieure de la moelle, car il est anesthésie, insensible : paralysie de toute la partie sous-jacente a sa blessure. Le pronostic est fatal, à brève échéance." Le général est décédé des suites de sa blessure à la colonne vertébrale, 15 mn plus tard. Il est le premier officier général français tué au combat de la Grande Guerre.
Le Corps de cavalerie est porté à 4 divisions :
Le 19 septembre, le corps de cavalerie est porté à 4 divisions de cavalerie et placé sous les ordres du Général Louis Conneau. L'aviation du CC s'étoffe avec l'arrivée de la BLC 2, commandée par le Cne de Malherbe. Le 20 septembre, les Allemands attaquent Péronne et repoussent l'infanterie. Le CC se replie sur Albert où il stationne plusieurs jours. Le XXème Corps d'armée tente en vain de reprendre Péronne. Le 25, le Cne de Marancour réalise une reconnaissance sur Combles et Péronne et repère de nombreux forces ennemies dans les alentours de Dompierre.
Le 27, le CC remonte d'Albert sur Bapaume. Arrivé sur place, il est acceuilli par les avant-gardes allemandes, l'obligeant à partir vers l'Ouest. Le Général Conneau ordonne une reconnaissance dans la région. L'aviateur, après avoir décollé d'Hédonville, répère une division ennemie dont la tête est sur Bapaume et les arrière-gardes sur Cambrai. Il se pose à Miraumont pour rendre compte au général et repart pour Sailly-au-Bois, où est stationnée son escadrille. Le 29, la BLC 5 arrive à Arras où l'infanterie les a rejoints et se bat à l'Est de la Ville.
Le 30, la mission du CC est de couvrir, au Sud et Sud-Est d'Arras, des arrivées de troupes qui s'opérent dans cette ville. Les divisions de cavalerie sont rassemblées. Les 1ère et 10ème divisions de cavalerie attaquent de front avec ses escadrons pied à terre et les cyclistes. L'attaque est stoppée par l'artillerie adverse. Le général Conneau a installé son QG à Arras-St-Sauveur, la BLC 5 n'est pas loin. Le 1er octobre, une reconnaissance de la BLC 5 repère un corps d'armée en mouvement, qui se déplace en 4 colonnes distinctes. Tout laisse à penser que ces troupes vont intervenir sur Arras et Lens où les Français sont en train d'amener des troupes. Le soir, plusieurs reconnaissances d'avions et de cavalerie sont envoyées pour évaluer le front adverse. Le lendemain, le CC reçoit pour mission de prendre contact avec l'ennemi et de l'attaquer avec deux divisions.
Les Allemands prennent Douai avec d'importantes forces, puis le 4, ils entrent dans Lens et menacent la gauche de la division Fayolle, l'obligeant à se replier sur Vimy. Le CC reçoit l'ordre de tenir à tous prix, le plateau de Givenchy, pour couvrir Fayolle. Le soir, Souchez tombe puis Givenchy. Le QG du CC et l'escadrille BLC 5 déménage sur Aubigny. Le 5, devant la poussée ennemie, la division Fayolle céde, les DC reçoivent l'ordre de se replier.
Création du groupement de cavalerie Conneau :
Le 5 octobre, un groupement de cavalerie était formé. Placé sous le commandement du général Conneau, il est composé de 2 corps de cavalerie :
- le 1er corps de cavalerie (1er DC, 3ème DC, 10ème DC), placé aux ordres du général de Latour.
- le 2ème corps de cavalerie (4ème DC, 5ème DC, 6ème DC), placé aux ordres du général de Mitry.
Au détachement d'armée de Belgique :
Le détachement d'armée de Belgique (DAB) du Général d'Urbal est constitué dans la région comprise entre Ypres et la mer du Nord, à partir du 22 octobre 1914. Le 26, on retrouve les escadrilles de cavalerie rattachée au corps de Cavalerie Conneau. Elles sont déployées sur les terrains de Merville (BLC 4) et Estaires (BLC 2 et BLC 5).
En octobre, l'état-major avait décidé que les Blériot XI de cavalerie étaient appelés à disparaitre en raison de la grande difficulté à observer à bord de ces appareils. Ils sont remplacés progressivement par des versions à aile Gouin, dit à vision totale. Le premier Blériot XI BG (Blériot Gouin) de série a été livré aux escadrilles de cavalerie, le 24 octobre. La BLC 5 reçoit ses quatre Blériot XI BG à vision totale en provenance de la 2ème réserve d'aviation de Saint-Cyr, à partir du début novembre 1914.
Les BLC 2 et BLC 5 restent rattachées à l'aviation du corps de cavalerie Conneau, dont le QG est installé à Saint-Pol. Cette entité est elle-même rattachée à l'aéronautique de la VIIIème armée.
Dissolution de la BLC 5 et création de la N 69 :
L'escadrille BLC 5 survivra un peu plus lontemps que ces consoeurs qui ont été dissoutes en janvier 1915 (date à affirmer). Les Blériot XI BG survivants sont rassemblés au sein de la BLC 5 qui reste affectée à l'aéronautique du corps de cavalerie. Celui-ci est affecté à la 10ème armée, le 19 juillet 1915. A cette époque, l'armée est engagée en Artois sur le front Arras, Notre-Dame-de-Lorette. La BLC 5 est maintenue jusqu'au 25 août 1915. Ses personnels serviront à constituer l'ossature de l'escadrille N 69, créée le 14 octobre 1915.
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